Ma franceAfrique à moi

Publié le par Gerry

http://1.bp.blogspot.com/_6evB6G77Hs8/TQFhx0P6m9I/AAAAAAAAF-w/Bf9V2X-M4cI/s1600/francafrique2.jpg Quand on parle aujourd'hui de FranceAfrique, je revois invariablement  Fabien (pas de nom à la radio) mon ex-petit camarade de Saint-Cyr. Nous nous étions à peine parlé en école, malgré trois ans passés dans le même bataillon, puis nous nous sommes retrouvés à Pya, à l'école de formation des officiers. Un vraie complicité est née entre nous. Et durant deux ans, j'ai vu une autre FranceAfrique devant moi, évoluer, tater du terrain, allez vers autrui. Cette FranceAfrique là n'avait pas demandé à venir au Togo. A mon sens, s'il avait eu le choix, il aurait sans doute préféré rester plus longtemps à Carcassonne, où le climat est doux, leger. Mais une fois qu'il était là, je l'ai vu à payer plus cher ses employés que quiconque (certes, il était bien payé, mais combien de personnes gagnent une fortune par mois et payent très mal leur domestique), je l'ai vu trimer pour faire des commandes d'équipement pour les élèves, là où d'autres (malheureuseument) réservent ces subsides pour une destination plus personnelle. Il allait à l'Eglise, respectait son entourage, était disposé à aider, et ne m'a jamais regardé avec l'air qu'on retrouve dans certains bureaux cossus ici, où la hauteur dans le regard est à couper au couteau, malgré le même couleur de peau. Fabien, c'était peut être la FranceAfrique, mais j'aime celle-là.

A coté, un peu plus loin ou plus près, (au gré) j'en ai connu aussi, perdu dans une aventure don-quichotesque, que dis-je, Faidherbesque, un délire de partouze coloniale, où la nostalgie des temps où le blanc était un dieu se la dispute au ridicule d'un langage contre le racisme, comme pour ces gens, poser comme un pot de fleur son opposition au racisme est un sauf conduit pour la plus méprisable des ségrégations. C'est gens là vous disent:

- Ah, ces nègres, que seraient-ils sans la France?

Pour aussitôt ajouter, d'un air malicieux.

- Gerry, tu sais bien que je ne parle pas de toi, et puis, je rigole, bien sûr. hein!

Eux aussi, c'est la FranceAfrique. En réalité, c'est l'homme, dans ce qu'il a de merveilleux  et de stupide. Et on en trouve sous tous les cieux, heureusement.

Alors, je suis allé chercher plus loin. La FranceAfrique, c'est ce systeme de pillage systématique des richesses africaines, mis en place par la France. Et là, je fouille. L'Afrique, c'est 2% des échances commerciaux au monde. Déja, j'ai un haut le coeur. Pour une telle richesse, il n'y a pas de quoi se bousculer. Mais un ami sur facebook m'interpelle. 2%, certes, mais c'est beaucoup de matières premières achetées à bas coût. Mais qui le leur vend à ce prix là? pas de réponse. J'y reviendrai.

Et je continue à fouiller. en 2009, l'Afrique ( toute l'Afrique) avait une part de 5.1% (20 milliars d'euros) dans les importations (avec une prééminence pour les pays du maghreb) et 6,82% (23.3 milliard d'euros) dans les exportations de la France, contre 14 et 9% pour l'Asie, et 60 et 63% pour l'Union Européenne. Tiens donc, rien que 5% des importations, et  6% des exportations. Même L'asie, si loin, fait mieux que nous en importation. La FranceAsie devrait donc être plus forte. Et l'autre leçon, qui décourage, c'est que ces Français là en fait peuvent se passer de l'Afrique, voir du reste du monde, l'Europe et les Amériques leur suffisent. Mais comme je suis de mauvaise foi, j'argue que leur entreprise, comme Bolloré, se sucrent sur le dos des Africains. C'est forcé. Et là aussi, je fouille (de bonne foi) et je découvre, énervé, que m^me Bolloré, qui ne figure pas parmi les 20 plus grandes entreprises française en 2009 selon wikipedia, ne fait que.... 30% de son chiffre d'affaire en Afrique. C'en est trop, je veux adbiquer, surtout qu'un malin a pris le soin de me rappeler, pendant que je rédigeais cet billet, que l'Afrique subSaharienne a profité, en 2008, d'une aide publique bilatérale de l'OCDE de près de 25 milliards de dollars, et que la France y aurait mis 5 milliards, rien que pour L'afrique subsaharienne.  Comme le dirait quelqu'un, c'est à croire que les économies que réaliserait la France en Afrique sont reversées sous forme de l'aide. Oui, je sais, cette aide pose beaucoup de problèmes. D'abord, elle est très opaque, et englobe aussi bien l'aide terrain que les bourses étudiant, la francophonie et la coopération militaire. Et vlan! je me le prends dans la gueule. Voila la FranceAfrique, me dit-on, ils donnent l'impression de nous aider, mais en fait ils n'en font rien. Mais je rétorque que je ne vois toujours pas de problèmes. Une chose est certaine, les budgets d'une bonne partie de nos Etats ne comptent sur les ressources du pays qu'à hauteur de 70% à peu près. Le reste devant provenir des dons, aides, et emprunts, qu'on finit par ne jamais rembourser. Cette aide existe donc quelque part, quoi que mal utilisée.

Et c'est là que l'argument marteau, imparrable, m'est assené. C'est la France qui est à la source des conflits en Afrique, en voulant coute que coute placer ses pions la têtes des Etats Africains. Rien à dire.

Tout d'abord, je relève que les pays africains où les Français ne sont pas ne s'en sortent pas mieux (Sierra leone, Libéria, Somalie, Zimbabwé, Angola, sans compter les pays du maghreb qui vivent de vraie dictures). Oui, mais dans les pays francophones, c'est la France qui sème la discorde. Pourquoi donc? Pour les richesses du continent. Je balaie l'argument de la main. Pour la géostratégie, me répond un autre sorti de saint-cyr. Laquelle? Le choix de la stabilité, me répond-il. La France, c'est connu, poursuit-il, sera toujours accusée d'être à l'orignie des troubles dans ses anciennes colonies. Tantôt pour son intervention, tantôt pour son inaction. Donc, pour éviter de perdre des sommes faramineuses occasionnées par des missions d'interposition, parce que les Africains ont la manie de se massacrer à tire-larigot, a décidé de faire en sorte qu'en Afrique, ne soient au pouvoir que ceux qui peuvent garantir la stabilité. C'est un choix, m'explique-t-il. S'il avaient très tôt appliqué cette option en RCI, le pays n'aurait jamais connu la scission. Je suis dubidatif. Et nous les Africains, dans tout ça? Avons-nous notre mot à dire?

Là, c'est l'association survie, que les hommes d'affaires n'aiment pas beaucoup qui vient à mon secours. Dans une de leur publication, ils écrivent;

"Simple rappel, sans valeur exhaustive : On estime que le continent africain représente 8% des réserves mondiales de pétrole connues, 40% du potentiel hydroélectrique mondial, le gros des ressources mondiales de diamant et de chrome, 50% de tout l’or du monde, 90% du cobalt, 50% des phosphates, 40% du platine, de l’uranium, du coltan, etc… Sans oublier le bois, le bassin du Congo représentant le deuxième poumon vert de la planète, ni l’énergie solaire, à l’heure où le photovoltaïque aiguise de nouveaux appétits...

D’autre part, les caractéristiques démographiques africaines laissent entrevoir le potentiel en termes de débouchés : de 220 millions d’habitants en 1950, l’Afrique est passée à un milliard d’habitants au cours du premier semestre 2009, et cette évolution ne semble pas près de s’inverser (certains analystes estiment que la population pourrait doubler d’ici 2050). Un marché gigantesque, pour tous les biens de consommation courants : alimentaires et vestimentaires, mais également les transports (aériens, maritimes et terrestres), l’adduction en eau et le retraitement, l’électricité, les déchets, les télécommunications, les banques et assurances, etc..."

La réponse est donc là, devant nos yeux. L'Afrique représente alors si peu dans le commerce international, mais ses atouts économiques sont indéniables. Sa population a franchit le milliard. Ces atouts, il faut les exploiter, et toutes les entreprises se ruent dessus. Les anglo-saxons, qui ont un volume d'affaire supérieur à la France en Afrique, les Chinois, les Indiens. Au moment où je publie ce billet, l'Afrique n'a toujours pas les moyens technologiques, siciaux-économiques et politiques de mise en exploitations de ses ressources. Nous avons besoin de toutes ces sociétés: françaises, américaines, indiennes et chinoises pour exploiter nos ressources, et si possible, donner du travail à ce milliard de personnes qui, s'il continue a être affamé, va bientôt devenir la plus grosse menace pour la stabilité de la région. Mais pour ce faire, il faut assainir la gouvernance, ne plus laisser les multinationales décider (pour leur profit, ce qui est de bonne guerre) à la place des Etats.

Finalement, si j'ai bien compris, l'enjeu, ce sont nos élites. Un pays de la sous-région, je ne dirai pas lequel, a un classement IDH de 71 fois inférieur à celui que lui permet ses ressources. La France a besoin, pour exporter ses biens, d'une Afrique consommatrice, donc avec un pouvoir d'achat élevé. Elle a besoin d'Etats qui instaurent la bonne gouvernance, qui établissent l'état de droit et qui incitent à l'intiative privée. Ce n'est pas pour les beaux yeux des Africains, mais pour les débouchés des entreprises françaises. C'est du capitalisme.

Alors, finalement, c'est quoi, la FranceAfrique? Sous de Gaulle, et sous Chirac (je crois), l'Afrique était encore cette parcelle du territoire français qui donnait de la grandeur à la France. Il existait un lien ombilical, géostratégique, et paternaliste entre la France et l'Afrique. Aujourd'hui, à mon sens, c'est le regne des multinationales, qui 'n'ont rien à faire de cette grandeur de la France, mais qui cherchent à faire profit. Ce capitalisme là est froid, calculateur, manipulateur, car son objectif premier est la maximisation des bénéfices. C'est la règle, nous sommes dans un monde libéral, et nul n'empêche les entreprises africaines de faire pareil. Les Chinois et les Indiens n'en ont pas été empêché en tout cas. Ce capitalisme là, est une chance pour nos pays, à faible mobilisation d'épargne, au secteur secondaire et tertiaire liliputiens. Ces multinationales, fautes d'entreprises nationales capables d'exploiter les ressources naturelles de nos pays constituent l'unique source d'emploi de la jeunesse africaine. Nous devons les accueillir, encadrer leur activités sur notre territoire, comme le font si bien les asiatiques. Et elles y vont, les multinationales dans les pays d'Asie.

A là place, si nous continuons à faire ce que nous avons fait durant les 50 années de nos indépendances, à nous abriter derrière les sociétés capitalistes pour assouvir nos propres instincts de pouvoir et de juissance, si nous refusons de mettre sur place un cadre des affaire intraitable avec la corruption et soucieux avant tout de l'intéret du pays, nous continuerons a voir exploser ici et là des ilots de violence, des coup d'Etats, des dictateurs et autres prédateurs du pouvoir,  nous indexerons bien entendu la franceAfrique, cette grosse chimère qui se mange à toute les sauces, mais un jour, et ce jour vient, (nous sommes déja un milliard), il faudra bien dire la vérité. Il faudra bien dire à ce milliard de jeunes affamés prêts à tout sacager, que tout ce qui arrive de mal à l'Afrique, c'est bien les élites africaines qui en sont responsables. Et si elles voulaient arrêter ça, rien au monde ne pourait bien leur en empêcher. Les élites africaines, pas un leader, mais les élites, aussi patriotiquement liées à leur patrie que ne le sont les Français de par le monde pour la France. Quand on demande à une société, française, de doubler le prix d'une usine à livrer dans son pays rien que pour empocher la différence, quand on détourne tout (médicament, fonds de l'aide au développement, bourses...) rien que pour ses intérêts personnels, la France n'y est pour rien.

Et si c'était donc ça, finalement, la franceAfrique. Un mélange d'élites françaises liées à leur patrie, et d'élites africaines liées à leurs seuls intérêts?

Allez, il fait nuit, je vais au lit.

Publié dans Coups de coeurs

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Maksim Kazakov 13/02/2011 19:32



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