Ces gavroches des temps modernes

Publié le par Gerry

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Actualité foisonnante, ces derniers temps à travers le pays, mais aussi courses effrénées à travers les rues de Lomé, à la recherche de l’éternelle pitance. Ah, le ventre quand tu nous tiens.

Ce matin, je ne puis m’empêcher de penser – allez-y comprendre pourquoi – à trois catégories de Togolais qui forcent mon admiration, rien que pour l’extrême insolence avec laquelle ils jouent leur vie.

Les premiers sont les jeunes musiciens de la nouvelles génération : Ah , oui, je sais qu’on me dira que cette musique là manque de profondeur, de recherche, de mélodie, que c’est une musique d’ordinateur, de « sample », et qu’il faut que nos jeunes se mettent au travail. Ce n’est peut être pas faux, mais à les fréquenter de près ces derniers temps, je commence à les comprendre. Je saisis dorénavant leur opiniâtreté, leur obstination, leur engagement pour un art qui ne les rapporte rien –ou presque – avec un public qui brille par son ingratitude. Publier l’œuvre – ah oui, depuis ce mois de septembre je suis devenu éditeur- la chanson togolaise, de la tradition à la modernité de Abiadé Adewusi a ouvert mes yeux sur le sort réservé aux artistes de la musique togolaise. L’oublie et le reniement sont souvent les linceuls avec lesquels nous entretenons leur mémoire. Ils le savent, ces jeunes artistes, et pourtant, tous les jours, ils sont là à répéter, inlassablement, avec dans leur air cette insouciance qui force mon respects. Allez, tous les AliJezz, Djeni djela, et autres Seeds du Togo vous avez mon admiration éternelle.

La deuxième catégorie est ….les Zémidjans. Peut être parce que je l’ai été moi-même, à l’université, ou plus parce que je crois que nous les Togolais, surtout ceux de Lomé, nous ne leur rendons pas assez justice. Au fil des années, le Zed est devenu une sorte de souffre douleur, la tête de turc de notre société. Y a-t-il un accident de circulation impliquant une moto, c’est sans doute la faute d’un Zemidjan. Vous faites-vous vous rabrouer par un motocycliste un peu excité, ce ne peut être qu’un Zed. Attention, je ne dis pas que tous les Zed sont des saints, et l’appât du gain les amènent parfois à avoir une attitude déplacée, mais de là à les diaboliser tel que nous le faisons, c’est renier le précieux soutien qu’ils nous offrent dans la circulation urbaine. En effet, dans une ville ou les nids de poule sont la chose la mieux partagée pas les rues, dans une ville où le transport urbain est quasi inexistant, et où les taxis se limitent aux artères principales, que serions-nous devenus sans ces chevaliers des temps modernes, qui n’hésitent devant aucune que flaque d’eau, aucun trou, aucun temps, pour faire leur travail et nous ramener chez nous, ou nous en sortir. Parfois, à Agoè, je reste à causer avec ceux qui font « spéa », c'est-à-dire qui empruntent la moto de quelqu’un d’autre pour la nuit. Tout un humanisme se cache là. A force, ils finissent par faire preuve d’une sorte de résignation, mais que d’histoires ont-ils donc à raconter, que de fils de vie maitrisent-ils ? Ils sont la mémoire de notre société. Et leur angoisse, leur peur du lendemain, leur désespoirs, ils l’abritent derrière cet air bravache qu’on les reconnait. Ce sont des chevaliers, ils méritent mon respect.

La dernière catégorie, ce sont les journalistes. Je m’attendais, suite à l’envolée de procès auxquels ils font face ces derniers temps –encore que je ne me les explique pas. L’effet nocif de cette offensive envers les journaux est double : d’une part, des allégations qui étaient passées inaperçues, vont bénéficier d’une audience inespérée, et affleurer au plan international. D’autre part, difficile de prouver plus tard qu’on est pas un prédateur de la liberté d’expression, quand il y a autant de procès, avec un demande de paiement de dommages aussi élevé, (équivalants de fait à la liquidation, si le papier est reconnu coupable, définitive de sont existence). Attention, je ne dis pas que nos journalistes font preuve d’un professionnalisme à tout épreuve, bien de fois, ils disent la rumeur, mais comme je l’ai soutenu dans un précédent billet, la démocratie togolaise est un accouchement douloureux, où il faut assister la parturiente, en l’accompagnant par des mots apaisants, et non en l’engueulant, au risque de perdre le bébé. Donc, grosse pression sur nos journalistes, et attitude de bouillante bravade. J’ai lu tous les papiers sortis après les plaintes, et tous ne sont pas allés de main morte. Il ne s’agit pas de résistance, mais de bravade, de panache, et j’aime cette insouciance candide. Ils sont jeunes pour la plus part d’entre eux, l’avenir s’ouvre à leur destin, et ils montrent une voie, celle de l’amour d’un métier, et, je crois aussi, de leur pays.

Voila, jeunesse étincelante du Togo, je vous salue.

Publié dans Coups de coeurs

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