Les blogueurs togolais 2.0

Publié le par Gerry

blogcamp

La bonne chose est que ma participation furtive au blogcamp228 me fait renouer avec mon blog. C'est bien. 

Cependant, la question existentialiste reste permanente: un homme politique peut-il être blogueur? Il faudrait à ce titre revenir à l'étimologie du mot, à sa perception populaire, exercice auquel je ne veux m'adonner ici, faute de temps. Mais si je considère qu'un blog est un petit site internet, genre carnet de bord ou un internaute écrit des articles (ou billets incluant des liens hypertextes, images, sons et vidéos) dans un ordre antéchronologie reflétant ses opinions et observations sur un sujet sur lequel il peut éventuellement avoir une expertise, avec la possibilité pour les lecteurs de commenter les publications, dans ce cas, oui, un homme politique peut être un blogeur. Cependant, dans la perception populaire, le statut de blogueur reste attaché à celui de libre penseur, de faiseur d'opinion, ce qui peut difficilement être compatible avec l'homme politique. 

La vérité est que facebook est venue tout bouleverser, car le principe cardinal qui a fait le succès du blog, c'est l'interaction avec les lecteurs. Et facebook sur plan surclasse tous les blogs. Je me souviens qu'en 2007, quand j'avais 1000 visiteurs sur mon blog c'était un succès, aujourd'hui, certaines de mes publications sur ma page facebook en ont 33 000. Est-ce la fin des blogs? non, heureusement. Le blog permet de présenter de façon stable la progression de la pensée, et surtout, il est accessible par tout le monde, contrairement à une page ou un profil facebook qui nécéssite une connexion préalable.

Alors, pourquoi parler de blogueurs togolais 2.0? Dimanche dernier, pour avoir lu quelque part sur facebook que les blogeurs togolais étaient rassemblés pour un blogcamp à Togoville, j'ai voulu me joindre à l'équipe. Au retour, alors que je sortais de mon véhicule, j'ai réalisé juste une chose: les blogueurs togolais de la permière génération avaient peut être vécu. J'étais une sorte de dernier mohican.

Mon premier acticle comme blogeur date de novembre 2006. C'était sur la plateforme haut et fort. A l'époque, j'étais militaire, et m'exprimer à travers le blog me semblait être une source impérissable de liberté. Puis, j'ai migré vers mai 2007 sur overblog. A l'époque, le seul blogueur togolais connu était Kagni Alem (il y en avait sans doute d'autres, mais que je ne connaissais pas) et c'est donc logiquement que nous sommes devenus amis. Puis la communauté s'est ensuite étendue. Marthe Faré, Tadegnon, Toussiné, Bertrand Kogoé, et les blogs de journalistes, Sylvio Combey, Alphonse Ken, Andrea Magnim.... Avec les readers, on pouvait s'abonner aux fils de ces blogs et être régulièrement informé des mises à jour. Je crois d'ailleurs que c'ést à ces blogs que je me suis abonné. Plus tard, d'autres talents se sont révéles. Lovejoyce, Trysha, Aphtal, Aboflan, Adzimahé, Gnamey et d'autres encore, mais on avait troqué les readers contre les liens facebook, et chaque fois que j'ai une notification, je vais me délecter sur les pages de cette jeunesse qui assure une bonne relève, car comme vous le voyez bien, mon blog a été délaissé depuis, et je n'ai même plus renouvellé le nom de domaine www.gerrytaama.net qu'il avait depuis trois ans. 

Mais au-delà des acteurs, l'esprit aussi a changé. J'ai remarqué au Togo que l'emploi tue le blog. Tous ceux qui étaient très actifs autrefois, ont progressivement cessé leur omniprésence dès qu'ils ont trouvé un travail, ou dès que leur employeur a ouvert les yeux sur leur cyberactivisme. Toussiné a disparu depuis qu'il a commencé à travailler, Bertrand Kogoé a fermé boutique, le jeune Adzimahé ( le meilleur de nous tous) a baissé pavillon. Contrairement à ce qu'affirme Lovejoyce dans son dernier article, le blogcamp 2014 est le quatrième du genre, mais le nouvel esprit dont je parle se retrouve aussi aujourd'hui dans la corpotisation de son organisation. Souvent considérés comme les pionniers du blog au Togo, Kagni Alem et moi avions systématiquement été invités dans les autres éditions. (j'y ai partitipé à deux fois) et une bonne partie de ceux que j'ai cité pour la première génération en étaient les organisateurs. Il y avait une approche holistique. Etait-ce la meilleure? Difficile de le dire, car dans ce domaine il n'y a pas de résultat quantifiable. Mais l'approche aujourd'hui est plus exlusive, elle fait bande de copains. C'est sans doute dans l'air du temps. Si elle permet d'augmenter l'impact des blogeurs sur notre opinion collective, elle aurait sans doute mieux réussi que notre démarche.

Cette visite à Togoville, à l'opposé de la joie que je partage souvent avec les activistes du web, a été une source de malaise. Alors que j'avais pris la décision d'aller rendre visite au blogueurs vers 13h, en l'annonçant sur twitter, (après avoir vainement essayé de joindre Bertrand Kogoé pour faire la visite ensemble), certains organisateurs ont considéré que j'étais en visite politique. Arrivé sur place vers 17h, quand il n'y avait plus aucun atelier, j'ai proposé qu'on fasse juste une photo pour que je m'en aille. Il ne le fallait pas. Il faut sans doute que je me perçoive à tout instant comme un politicien avide d'exploiter toute occasion à son avantage. Ayant perçu le malentendu, je me suis interdit de mentionner ma participation à ce rendez-vous dans mes propres publications. C'est vrai que plus tard, j'ai sans doute commis une erreur en répondant sur facebook à une question qui s'étonnait que je ne figure sur aucune photo alors que j'étais supposé être passé au blogcamp. Liebe, mon jeune ami, ira d'un commentaire assez désobligeant, me traitant de faire mon caliméro. Mais c'est sans doute mérité. Si je ne veux pas être égratigné, il faut que je reste à ma place, comme le font les autres de ma génération. 

Pour finir, peut-on réellement être associer cyberactivisme et politique? Dans l'acception togolaise, je crois que non. En 2010, j'ai contribué à vulgariser le blog en faisant des séances gratuites de formation à travers le pays. Aujourd'hui, si je fais la même chose, on dira que j'ai des visées politiques. Pendant les evalas, j'ai invité spontanéement des blogueurs dans mon village touristique, à Siou. J'ai personnellement fait 80km pour aller les chercher, puis j'ai mis un véhicule pour les ramener. Il n'y avait aucune contrepartie, rien que le plaisir de pousser des jeunes qui suivent nos traces. Mais n'a-t-on pas vu une manoeuvre politique derrière tout ça? La dernière fois, j'ai proposé aux blogueurs de mettre gratuitement à leur disposition ma salle de spectacle, pour leur activité. Objectif politique? Je propose justement de faire un blogcamp à Siou. Ambition politique ou pas?

Je me souviens justement d'une discussion avec l'un des organisateurs, où je fustigeais le manque d'implication de la ministre chargée du numérique. Mais son implication serait-elle considérée comme une campagne politique ou pas?

La vérité est que si la communication et l'accès aux masses populaires est un instrument politique, les blogueurs togolais ne sont pas et ne seront pas pour le moment courtisés par les hommes politiques. Leur impact sur l'opinion est encore marginale (contrairement à ce qui s'est passé dans les pays du magheb). Aujourd'hui, on atteint plus de monde en passant à la radio, à la télévision (j'ai fait des émission sur les chaînes internationales avec des millions de vues) et surtout en passant par facebook qui donne droit à des milliers de vue. 

Par contre, il est fondamental que ces blogueurs s'organisent mieux, et se constituent même en association, pour mieux défendre l'économie numérique naissante, et faire la promotion des TIC au Togo. Togocellulaire vient encore une fois d'augmenter le cout de l'abonnement mensuel pour internet. Il faut s'organiser rapidement pour créer un buzz, avec des actions chocs, pour briser cette augmentation honteuse. Et c'est dans de telles situation que cyberactivistes et politiciens sont complémentaires, car de nos deux actions concertées, peut jaillir la solution. 

D'ailleurs, je crois que nous allons, dans mon parti, sortir un communiqué de presse pour dénoncer cette augmentation. 

Que Dieu bénisse les blogueurs de part le monde, et les togolais en particuliers. 

Publié dans Info togolaises

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zorinho 09/09/2014 18:10


Bonjour,


Si Facebook assure un plus grand nombres de vues, ne faites pas le raccourci rapide en convvertissant 'vues' en 'lecture', ce n'est ni la même chose ni la même qualité de lectorat, Facebook aime
bien montrer de gros chiffres qui font plaisir au propriétaire d'un profil ou d'une page. De plus, si une page Facebook est potentiellement beaucoup plus visité, cela reste une structure ou les
blogueurs n'ont pas la maîtrise de leur communication au sens du design et il s'agit là d'un très gros problème.


La constitution en association de la part des blogueurs serait une erreur, cela donnerait une fixité à un mouvement qui, par définition, doit être mobile, open et non rattaché à une structure qui
pourrait être taxé de relayer des idées toxiques voir de fomenter des émeutes et par ce biais pourrait être dissoute facilement, ce qu'il ne faut surtout pas !


Le passage par une structure virtuelle de type journal avec une extension en nom de domaine .info ainsi qu'un relai des informations sur les blogs personnels des auteurs assurerait une
persistance des écrits et des avis et favoriserait le passage à des étapes d'évolution supérieur.


En revanche, et sans vouloir vous offenser, lorsque vous parler de faire du buzz et de mener des actions chocs en rapport sur les tarifications de Togocel sans avancer la moindre idée, c'est
hélas un peu léger. Ne serais-ce pas un début que de lancer une pétition en ligne par le biais d'une plateforme comme http://www.wesign.it/ par exemple ?


Cordialement,