Nous ne regardons pas dans la bonne direction.

Publié le par Gerry

Nord du Togo, un village quelconque. Monsieur X vient de perdre un parent. N'ayant pas d'argent pour le garder à la morgue (qui en a aujourd'hui?) , il décide de l'enterrer dès le lendemain. Il faut creuser la tombe, faire couler les dalles qui serviront à la fermer. Mais il se heurte à un problème. Il n'y a pas de ciment. Sur cinquante kilomètres à la ronde, il n'en trouve nulle part. Il vient me voir, éploré, car s'il ne prépare pas la tombe on ne peut pas enterrer son parent le lendemain. Au départ, je suis assez confiant. On doit bien trouver au moins trois paquets de ciment dans toute la région de la Kara. Et bien, non, j'ai mis trois voitures à faire le tour des villes sans rien trouver, et nous en sommes à faire attendre le cadavre à la morgue. A la fin, M X me dit:
- Si nous ne pouvons plus honorer nos morts, nous sommes fichus. Mais vous faites quoi à Lomé?
J'ai envie de lui servir toute la litanie d'imprécations que nous déversons tous les jours sur Faure, mais je n'en ai pas l'énergie. Sa peine est trop grande. Je reste coi, honteux de mon impuissance.
Nous ne regardons pas dans la bonne direction. Pour monsieur X, il n'y a rien de plus sacré que le culte funéraire, et l'accompagnement du mort à l'au-delà. Et ne pas trouver du ciment pour fermer une tombe est un sacrilège. 
Nous ne regardons pas dans la bonne direction car les sujets qui rassemblent sont là. Il faut faire pression sur l'Etat pour que les paysans ne voient plus les camions chargés de ciment prendre la route de la frontière. Il faut remettre en place les dépôts de ciment dans les villes à l'intérieur, pour que le ciment ne s'y vende plus entre 100 à 120 000 F la tonne, à des populations déjà vulnérables. 
Demain sans doute, nous allons parler du dialogue politique. Demain, nous allons nous mobiliser pour la libération de Abass Kaboua et de Olivier Amah, de Gérard Adja comme de ces dizaines de partisans de l'opposition qui sont maintenus en détention, en réclamant au besoin la tenue d'un procès rapide et équitable, afin que toutes les responsabilités soient situées. 
Mais le plus grand et le plus noble combat, c'est celui que nous devons faire pour ces populations qui n'ont pas la parole, qui ont peur de la prendre, et qui pensent encore aujourd'hui, au 21° siècle, que critiquer le gouvernement est un crime passible de peine de prison. 
La bonne direction de notre combat politique, c'est celle qui donne la voix à ceux qui ne l'ont pas. Nos populations de l'intérieur ne l'ont pas. Et ils ont besoin de ciment pour enterrer leur mort. Tiens, nous avons trois cimenteries qui fonctionnent à plein régime. Et il part où, ce ciment? Et que disent nos députés? Il nous faut réinventer la gouvernance participative au Togo. 
Gerry.

Publié dans Info togolaises

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