Fabre et l'ANC: l'erreur de trop.

Publié le par Gerry

http://www.togoenvogue.com/uploads/articles/jean_pierre_fabre.JPGJ’ai souvent, à traversv certaines de mes analyses, été traité d’opposant par des amis qui se revendiquent du RPT, notamment l’ami Lambert que vous connaissez sur mon blog. Quand j’ai dit que le « riz c’est mon Faure» était un monumental flop stratégique, je me suis vu taxer d’opposant au régime en place. C’est d’ailleurs dans l’air du temps. La critique, chez ces personnes, est forcément agressive, nocive, invective. De même, chaque fois que je m'en suis pris à l’opposition togolaise, je retrouvais aussitôt mes lettres de noblesse auprès de mes amis Rpétistes, pour à contrario devenir un conservateur assoiffé de pouvoir aux yeux de ceux qui, le semaine précédente, m’acclamaient. J’ai donc une certitude, qui me suffit en tant que citoyen togolais : j’aime ce pays (oui, je sais, ça parait ringard et ça fait américain) mais bon, ce qui va bien ici, me réjouit, me fait bomber les pectoraux, puis quand on patauge, comme on le fait souvent, j’ai le moral en berne.

Les interdictions aux libertés de manifestation des partis de l’opposition ne sont pas seulement des entorses à la constitution (ils ont fait fort quand même, avec l’invocation du communiqué 006 du 04 septembre 1994, laissant du coté La lettre N° 0087/MS-CAB en date du 06 février 2007, envoyée aux partis politiques par le ministre de la sécurité,) mais limitent l’apprentissage démocratique dans notre pays. Entre deux échéances électorales,  les partis politiques doivent former, informer, et sensibiliser leurs militants sur les droits et devoirs du citoyen. Si les manifestations (devenues irréalistes) d’un parti sont annihilées, comment les autres partis (le RPT y compris) pourront-ils organiser leurs activités sur le terrain? C’est m’implantation des principes démocratiques, qui s’imposent aujourd’hui au monde, qui fiche le camp chez nous. Et ça la fout mal.

Par contre, il fallait qu’ils y aillent : à ce débat (inclusif, tout subitement est devenu inclusif dans ce pays). De la même manière qu’il fallait aller au congrès de l’UFC pour se frotter avec Gilchrist et déterminer qui emporte l’adhésion du plus grand nombre, l’ANC devrait se présenter à cette rencontre. Peut être pas Fabre directement, certainement ses conseillers et adjoints, mais ne pas se présenter à cet (autre) dialogue, c’est un fuite en avant inacceptable. J’ai toujours dit, à l’époque de l’UFC, que ce parti se comportait comme un enfant gâté qui ne supportait pas que ses parents lui refusent la moindre chose. Je suis en regret de constater que ces habitudes n'ont pas changé à l'ANC.

Ils demandent,  (je creuse) :

- la mise en œuvre de l’APG et des recommandations des Missions d’Observation Electorale de l’Union Européenne des législatives de 2007 et de la présidentielle de mars 2010 . (Diable, à l’issue de l’APG, n’est-ce pas l’UFC qui a torpillé le processus, vexée à l’idée que le poste de premier ministre ne lui revient pas de droit. S’ils avait participé aux gouvernement d’union national et pris au collet le RPT qui était dans une dynamique de coopération, une bonne partie des conclusions de l’accord auraient été appliqué à ce jour. Mêmes aux dernières négociations de Ouaga, alors que les questions épineuses de la limitation de mandat et de régime présidentiel étaient sur la tapis, qui a quitté victorieusement la table de négociation, rassuré qu’on ait fait voler en éclat les conditions d’éligibilité, laissant de coté les sujets essentiels pour la nation ?)

- le respect de la Constitution et des lois de la République par le retour à l’Assemblée nationale des députés arbitrairement exclus et ainsi privés de leur mandat ;( si on considère que la cour constitutionnelle est la dernière juridiction, et si on est légaliste, il faut bien accepter que les décisions de ces cour ne sont pas susceptibles de recours. La cour a peut être rendu un arrêt injuste, mais la loi, c’est la loi). Bien entendu, il est possible de faire recours auprès des institution juridiques internationales, …ou d’avoir un accord politique (j’y reviens))

- la reconnaissance de l’existence du groupe parlementaire ANC. (Exigence farfelue. Je ne veux pas revenir la dessus. Quel est le bénéfice de cette reconnaissance. C’est l’affaire de l’enfant gâté. Ils pouvaient s’appeler groupe parlementaire les refondateurs, ou mes couyanski, tout saut ANC car ce parti n’est pas encore représenté au parlement. Mais non. Ils ont décidé d’avoir pour nom leur groupe parlementaire, et ils doivent l’avoir. C’est ainsi et rien d’autre. (cf l’enfant gâté))

- le respect des droits et libertés des citoyens par la cessation des entraves aux activités des partis politiques à Lomé et à l’intérieur du pays, y compris les jours ouvrables ; (je suis d’accord, mais autant s’asseoir, et en parler, non ?)

- le respect des droits et libertés de la presse par la levée des interdictions abusives et arbitraires qui frappent les médias privés, en l’occurrence, les radios X Solaire, Metropolys et Providence et le journal Tribune d’Afrique ; (récupération éhontée, alors que personne n’a jamais assisté Tribune d’Afrique pendant toutes ces démêlées avec la justice, par exemple.)

- la libération sans conditions des personnes arbitrairement détenues dont un député encore protégé par son immunité parlementaire; (Oui, mais en tant que député au moment des faits, la bonne réaction aurait consisté à démissionner en masse, en soutien à un confrère dont les droits sont bafoués. Ceci aurait crée un carambolage. Ce que personne n’a osé faire)

- la restitution ou le remplacement de tous les matériels, documents et sommes d’argent ainsi que des motos et vélos saisis à Lomé, à Sokodé et dans d’autres localités. (où sont les recours pour excès de pouvoirs déposés dans les chambres administratives?)

- le désarmement et le démantèlement des milices RPT récemment réactivées pour semer la terreur ; (on dirait un discours sorti des années de terreur (90) justement)

Par cette position, Fabre donne l’impression que la bravade, l’anticonformisme, le refus de la compromission et de la coopération est sa seule façon de s’exprimer aux Togolais, et par ricochet, sa seule raison de vivre. Je l’ai déjà écrit sur ce blog, sa résistance est flamboyante, pleine de panache et de prestige. Ce genre d’attitude dans un petit village de 500 habitant, ou dans une entreprise de 10 employés aurait sans doute été captivante, digne de faire l’objet d’un roman, tel un don quichotte moulinant au vent. Mais là, il s’agit de la vie de 6 millions d’habitants.

Le RPT en tant que parti politique est enlisé dans des attitudes parfois moyenâgeuses, où le débat contradictoire cède malheureusement le pas à un monolithisme sans courant de pensée véritable. Mais c’est le parti au pouvoir, et tant qu’il pourra se faire élire, avec un voile de transparence acceptable par la communauté internationale, il faudra bien admettre qu’il est en phase avec son opinion publique (règle n°1 de la démocratie). Or, la misère ambiante peut difficilement faire croire à cette hypothèse. Cette tendance ne peut se renverser que de deux façons : Soit par un changement de régime suite à une révolution (dans mon précédent billet, j’ai dit qu’à mon avis il ne fallait pas trop y compter dans notre pays), ou par le charisme d’une opposition qui saura, par son positionnement (intérieur en dominant le parlement, et extérieur en faisant du lobbying) contraindre le pouvoir en place à la prendre au sérieux, à appliquer ses projets, au risque de perdre toute représentativité dans le pays, et partant, les élections suivantes. Le jeu politique est un business : La concurrence fait baisser les prix (bien être social) au grand plaisir des populations. Or, dans le cas présent, l’incongruité de la position de notre opposition ne crée aucun jeu de concurrence, le RPT sachant qu’il suffit de s’appuyer sur les erreurs de son adversaire pour se maintenir au pouvoir. Dans ce cas particulier, si les reformes importantes qui attendent notre pays avant les législatives et les locales ne sont pas effectives avant 2012, qui pourrait le reprocher au RPT, d’autant plus que la participation aux discussions aurait pu lever une bonne partie des griefs présentés par Fabre et son parti. L’argument de l’inanité des accords est fallacieux : Je ne compte pas le nombre d’accords qu’il y eu avant les élections en Cote d’Ivoire. Si Ouattara et Bédié avaient dit qu’ils en ont assez d’être enfarinés, on ne serait jamais allé aux élections. Et nul ne peut nier que l’APG n’a pas ouvert un autre horizon de la pratique de la politique au Togo. Je le dis toujours, l'argument qui consiste à dire: Si nous ne gagnons pas les élections, c'est que c'est truqué est le plus gros holp up que notre pays subit depuis des années.

Cela suffit. Oui, je sais, je suis furieux et j’ai un ton incisif inhabituel, mais cela suffit. Il est peut être temps que cette opposition radicale soit à la place qui lui revient de droit, eu égard à son mode d’expression : à la périphérie du jeu des partis des partis politiques, comme le sont le FN et la gauche radicale en France. Je crois qu’il est temps que des formations plus conformes à la l’idée généralement admise de la politique (bien être des populations, consécration de la dignité humaine, promotion de l’Etat de droit…) entrent dans la danse.  Quatre millions de la population togolaise est jeune, et misérable. Et pendant ce temps, d’autres jouent à la politique. Il faut une autre approche. Comment ? Je ne sais pas. Mais nous sommes quatre millions. Tout se monde devrait le savoir, au moins, non ?

Publié dans Coups de gueule

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