Finalement, Gbagbo a gagné

Publié le par Gerry

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J'ai intervenu à trois reprises sur la crise post-électorale ivoirienne, pour dire presque toujours la même chose: Gbagbo devrait quitter le pouvoir pour montrer que l'espoir du renouveau démocratique était encore possible en Afrique noire, surtout francophone. Les millions de jeunes d'Afrique, avides de modernité et de liberté, avaient besoin de cette garantie là: les valeurs universelles sont des valeurs africaines aussi. Et l'une des plus précieuses, au chapitre de la démocratie, à savoir le gouvernement de la majorité (par le respect du verdict des urnes) devrait être respectée en RCI pour que nous continuons à y croire.

Il faut penser que je me suis trompé, et Gbagbo est en passe de remporter une victoire qui se dessine à nos yeux, inexorablement. En réalité, si l'enjeu n'était pas des milliers de vies humaines, j'aurai pencher à admirer les stratégies des deux camps, la balance pour le moment étant du coté de Gbagbo. Je m'explique.

Ouattara ne peut venir au pouvoir et espérer maintenir la cohésion du pays que s'il parvient à éviter l'implication des rebelles  pendant le processus. Ouattara le sait. Voila pourquoi il a nommé Soro Premier ministre et ministre de la défense, beaucoup plus pour contenir les FAFN que les envoyer, par hordes, envahir le sud. Les récents affrontements à l'ouest en sont révélateurs. Après avoir occupé militairement Zouan Hounien et Bin-Hounien, anciennes positions des FDS, les ex-rebelles auraient poursuivi sur leur lancée, s'ils n'avaient pas été rapidement appelé à l'ordre pas les politiques. L'ennui, c'est que Gbagbo le sait aussi. Pire, il sait que le haro mondial qu'il subi en ce moment n'a de chance à basculer que s'il arrive à faire entrer les rebelles dans la guerre, créant une situation de guerre civile, où il faudra bien que l'ONU intervienne, pour faire cesser les hostilités. On ne parlera plus alors de vainqueur ou de vaincus des élections, mais plutôt de préservations de vies humaines. Un tel scénario pourrait être un remake de 2002, où l'Onu et la CEDEAO ouvriraient des négociations pour une cessation des hostilités. Et comme dans cette situation, chacun reste sur la position où la médiation est venue le trouver, Gbagbo restera Président, et pourra, à force de combines et de coups bas, revenir au devant de la scène, auréolé de sa résistance à l'impérialisme occidental et à la jalousie des Etats de la CEDEAO. Par contre, s'il ne réussit pas à faire entrer les rebelles dans le jeu assez rapidement, pour espérer un scénario à la Zimbabwéenne ou Kényane, il lorgne aussi je pense la méthode de Taylor: imposer par l'horreur son admission à la tête de son pays. Le massacre d'une dizaines de femmes lors d'une manifestation de pro-Ouattara procède de cette seconde école. Et cette école rapporte doublement. La terreur des FDS va sans doute refroidir les ardeurs des révolutionnaires oranges, qui jusqu'alors, pouvaient se permettre de manifester dans un Abobo en flamme. Si on a tiré sur des femmes, ce n'est pas sur des jeunes qu'on se gênerait.

Finalement, quel que soit le bout par lequel on le prend, Gbagbo sort vainqueur de cette confrontation avec la jeunesse engagée Africaine. Pour lui, sa meilleure carte (et celle qui le maintient en vie), et de contraindre, par la terreur, Ouattara à jeter l'éponge ou à accepter le partage de pouvoir. Il faut se demander si Mugabé ne le conseille par tous les soirs, car c'est exactement la tactique de ce dernier que Gbagbo utilise. Et si ça réussit pour Mugabé, cela peut réussir pour Gbagbo aussi. Sauf que Magabé n'a jamais eu une rébellion fortement armée occupant 60% du Zimbabwé.

D'où la seconde carte de Gbagbo: le chaos au mieux, et le martyr au pire. Causer le chaos d'une guerre civile à laquelle la communauté internationale pourrait tenter de trouver une solution par la négociation. Où alors le départ en martyr, suite à une invasion du sud par le nord. Il ferait alors le plus grand pied de nez à Ouattara, qui serait alors bien obligé de vêtir le manteau éculé de père de la rébellion.

Et Gbagbo, toujours aussi fin tacticien, même dans l'horreur absolu, a commencé à poser les pions. En coupant l'eau et l'électricité au nord, il oblige les rebelles a réagir. Il faudrait que Soro soit très convaincant, car le risque actuel est l'apparition d'actes de sédition dans les rangs FAFN. En 8 ans de séparation, Gbagbo n'a jamais sevré le nord, et ce faisant, il sait que des chefs de guerre risquent de ne plus obéir à Soro, qui continuera à appeler à la retenue. Un autre point pour le Woody.

En massacrant les femmes aujourd'hui, il explique clairement à l'opinion internationale jusqu'où il est près à aller si on conteste son pouvoir. Et cette communauté internationale, n'a de force que par des condamnations et des gels des avoirs qui n'ont presque aucun effet. L'ONU fait preuve d'une passivité affligeante, qui profite à Gbagbo. Il fait tirer impunément sur des forces onusiennes. Ses patriotes leur empêchent tout mouvement. Le peuple voit, et admire le courage du Koudou, le garçon, l'homme qui peut résister au monde entier. A coté, les troupes françaises  hier à Port Bouet ont fait montre d'une fermeté qui va faire réfléchir les Patriotes qui vont encore s'en prendre à eux. Encerclés par de jeunes excités de la cité, ils ont fait intervenir un peloton de gendarmerie équipé en MO (maintien de l'ordre) qui ont dispersé les jeunes avec du gaz lacrymogène, avant de briser l'encerclement en écrasant les véhicules utilisés pour les confiner. Pourquoi l'ONU ne peut-il pas faire preuve de la même fermeté?

Comme je l'ai dit précédemment, c'est l'Afrique noire, et par sa jeunesse (alors que du Maghreb nous parvient un tout autre champ d'espoir) qui perd ses illusions dans le développement du conflit ivoirien. Et les illusions de cette jeunesse africaine, c'est aussi en direction de leurs ainés. Le spectacle que donne l'union africaine est tellement pitoyable, que le désespoir parait un gouffre sans fin. Déjà, le mutisme de cette institution alors qu'on parle de 6000 morts en Libye est effroyable. Même la ligue arabe, si circoncepte de coutume, est sortie de son silence. Pour l'UA, silence radio. Pire, alors que tous les autres pays évacuent leur ressortissants par milliers, rien (ou très peu) n'est mis en place ni par les Etats membres (avec leur peu de moyens) ou par l'union Africaine elle-même, qui aurait pu moins organiser des camps d'accueil de long de la frontière tchadienne. Mais l'UA fait mieux dans la crise ivoirienne. Elle dit aux protagonistes:

- Désolé les gars, je ne peux rien pour vous, car si j'autorise une intervention militaires en RCI, demain, ça risque de se retourner contre 70% des présidents membres de notre organisation, qui sont tous majoritairement venus au pouvoir par la violence ou par la prédation du pouvoir.Alors, démerdez-vous. Je vais la mettre en sourdine pendant deux mois, et jusque là, j'espère que vous vous serez suffisemment trucidés que se détache un vainqueur.

C'est fou quand même comme nos dirigeants peuvent parfois être cyniques . En déclarant, à la fin du sommet d'Adis Abeba, que l'UA reconnait la victoire de Ouattara, tout le monde savait donc par avance envers qui les décisions contraignantes seront dirigées. Or, nos présidents savent que rien ne peut contraindre Gbagbo à quitter le pouvoir. Donc, on fait du dilatoire. On se donne un mois, ensuite un autre mois, pour ne pas perdre la face et donner le la du déclenchement de la guerre civile (car si cette médiation échoue, il n'y a plus d'autres recours), tout en espérant secrètement que cette période sera suffisante pour la chute de Gbagbo, ne serait-ce que sous l'effet conjugué de la crise économique aigüe, et de l'attaque des rebelles. Ainsi, l'honneur sera sauf.

Voila donc. Que Gbagbo quitte le pouvoir les pieds en avant, renversé par une invasion rebelle ou qu'il arrive à imposer l'idée d'un partage de pouvoir. Il nous aurait vaincu. Il aurait montré qu'en Afrique noire, la victoire électorale compte pour des prunes. Et qu'on peut s'imposer et massacrer tranquillement sa population, derrière les condamnations assourdies et les gels des avoirs de la communauté internationale.

Le septième de cavalerie est un mythe. Chez nous,  personne ne vient jamais si vous vous faites massacrer. Il faut compter sur vous même. Il faut croire que l'horreur du Rwanda n'a pas servi de leçon. Mon Dieu, on parle déjà de 6000 victimes en Libye, et ça va continuer. Ce que je peux regretter Kouchner aujourd'hui. Lui et son foutu devoir d'ingérence avait quelque chose de cohérent.

Dieu aide la Cote d'Ivoire.

Publié dans Coups de gueule

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Lily 11/03/2011 17:06



Bonjour


 


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Kocoumbo 08/03/2011 08:57



Tellement désespérant mais tellement vrai, une analyse clinique de la situation qui fend le coeur (selon la ligne qu'on défend, respect de la démocratie et de la vérité des urnes pour ce qui me
concerne) mais qui nous ramène à la réalité implacable de ce jeu d'échecs des 2 protagonistes de cette crise post-électorale ivoirienne. Jeu d'échecs diabolique dont l'issue risque d'être
amère mais surtout dramatique pour le peuple ivoirien qui a déjà payé et qui en payera encore un tribu assez lourd en morts.


 


Je ne connais pas bien Ouattara mais j'ai de plus en plus la désagréable impression qu'il n'a jamais pris la vraie mesure de la nature véritable de son adversaire ni même des enjeux géopolitiques
et géostrastrégiques de ce conflit post-électorale et de la CI. Selon moi c'est parce que Ouattara n'a jamais pris la vraie mesure de la nature véritable de son adversaire qu'il n'avait quasiment
échaffaudé aucun plan avant les élections pour prendre le pouvoir après les élections s'il les gagnait. Pendant que Gbagbo ethnicisait son armée, créait des unités spéciales (soit-disant pour
lutter contre le grand banditisme et autres) qu'il surarmait et y placait des fidèles parmi les plus fidèles, augmentait gracieusement les grades des officiers chefs des unités stratégiques
de l'armée  et leur faisait prêter serment d'allégence, de reconnaissance et de fidélité (à l'église? dans un couvent? sur la bible? le coran?), Allassane Ouattara croisait les bras ou
multipliait les meetings croyant qu'il lui suffisait "seulement" de gagner les élections pour devenir président de la CI en 2010 !!! Mais connaissant l'histoire de la CI de 1960 à 2010 comment
Ouattara a cru une seule seconde que Laurent Gbagbo allait lui remettre le pouvoir pacifiquement s'il perdait les élections?


 


Mais mon cher Ouattara je sais tu n'es pas historien mais Kragbé Gnragbé, la république d'Eburnie et le massacre du Guébié le 27 Octobre 1970 par le Gal Ouassénan Konan envoyé par
Houphouet, ca doit quand même te dire quelque chose ou bien? Ces évènements qui ont constitué le véritable mythe fondateur du peuple Bété qui a beaucoup pleuré
et dont Laurent Gbagbo s'est toujours considéré (voir ces ouvrages et écrits) à tord ou à raison comme celui qui viendra "essuyer les larmes" de "son" peuple meurti, chose qu'il estima
avoir finalement réussi en accédant accidentellement et calamiteusement (sic) au pouvoir en 2000. Ce pouvoir pour lequel il s'est tellement battu contre Houphouet pendant 25 ans (au prix de
nombreuses souffrances, exil, misère, prison, etc...) et qu'il n'a jamais pu vraiment exercer totalement (de sa faute de mon point de vue mais mon point de vue n'est pas important c'est la
perception de Gbagbo qui nous intéresse) à cause d'une rebellion en 2002 dont il estime que tu en es l'auteur! Et tu croyais après tout ceci que Gbagbo allait te laisser le pouvoir pacifiquement?
Foutaises! Si moi qui suis loin de tout ceci et qui n'a jamais mis pied en CI je répétais à tous mes amis depuis 3 ans que jamais Gbagbo ne remettrait le pouvoir pacifiquement s'il perdait et que
c'était Ouattara le gagnant, je ne comprends pas comment Ouattara a pu lui qui est un des protagonistes croire le contraire!


 


D'autre part c'est parce que (de mon point de vue toujours) Ouattara n'a jamais pris la vraie mesure des enjeux géopolitiques et géostrastrégiques de ce conflit post-électorale et de la
CI qu'il a mis tout son espoir dans la communauté internationale et la CEDEAO par son ECOMOG pour venir l'installer au pouvoir après qu'il ait clairement et incontestablement gagné les
élections. 2010 n'est pas 1960, 1970, 1980 ou même 1990. La légion étrangère à Kolwézi, l'opération Barracuda, la sous-traitance à Bob Dénard, etc... tout ca c'est fini, passé! De plus la CI même
si elle a du pétrole n'est pas l'Irak ni la Lybie. De plus la CI a trop de ressortissants de la CEDEAO sur son sol, ECOMOG en CI serait du suicide difficillement justifiable aux yeux de leur
opinion nationale face à un jusqu'au-boutiste déterminé comme Gbagbo. La CEDEAO allait donc obligatoirement chercher tout au moins à se couvrir à travers l'ONU (bonjour la Russie et la
Chine) et l'UA (bonjour messieurs les membres du "syndicat des chefs d'état" dictateurs à vie pour la plupart ou panafricanistes et anticolonialistes de mes deux pour certains).


 


Toutes ces analyses Ouattara (ou ses spins doctors) devrait les avoir faites dès  le 03 Décembre et les jours qui suivirent. Il ne les a manifestement pas faites (voir pour
cela toutes ses déclarations optimistes, sur la force miltaire de l'ECOMOG, sur des dates de la chute de Gbagbo et parfois même sur des ultimata à son encontre et sur des prochains ralliements
d'officiers de haut rang de l'armée). Pourquoi? Je me pose alors des questions (à tord je l'espère) sur ses capacités réelles à appréhender disons certaines réalités de son pays et de ses
redoutables adversaires politiques dont le principal est actuellement Gbagbo. Résultat des courses? Près de 400 morts officiellement, probablement entre 600 et 1000 morts, des milliers de
disparus, des centaines de milliers de déplacés, la misère partout, ...etc... et malgré tout ceci Il risque de ne jamais accéder à ce pouvoir qu'il a finalement conquis après 17 ans de haute
lutte et après tant de gens qui sont morts pour lui, tout simplement parce qu'il n'a rien planifié pour prendre le pouvoir une fois les élections gagnées car il se croyait au pays des
bisounours avec en face quelqu'un comme Laurent gbagbo dont il connait pourtant (à priori) toute l'histoire, le parcours et la personalité. Hélas, mille fois hélas! Mais j'espère malgré tout
ardemment me tromper et que l'issue soit moins pessimiste que mon sentiment actuellement, mais j'avoue que j'y crois de moins en moins.



Gangoueus 05/03/2011 13:49



Très bon développement, ton analyse sur ce sujet est très intéressante. La conclusion me laisse une certaine amertume. La référence au droit d'ingérence. Un droit totalement aléatoire, qui est
fonction des puissants de ce monde.


La solution doit venir des ivoiriens. Ils sont otages de Gbagbo et de Ouattara. La bipolarisation autour de ces deux figures pourraient disparaitre si le pouvoir de leurs égo étaient anéanti. Il
y a des précédents en Afrique. Moshood Abiola et Sani Abasha au Nigeria.


Ouattara peut encore jouer le chrono, l'asphyxie financière commence à porter des fruits et peut expliquer la nervosité de Gbagbo et de ses sympathisants.


Mais comment reconstruire ensuite...