Adébayor, héros manqué

J'étais chez le coiffeur. Un moment, j'ai remarqué qu'il s'intéressait plus à la télévision qu'à ma tête. Certes, ma tronche n'a rien de particulièrement intéressant, mais c'est en partie grâce à elle qu'il vit, alors je me préparais à lui en toucher un mot quand j'ai réalisé qu'à la télévision justement, se passait la désignation du ballon d'or africain. Bien sûr que j'ai aussitôt été emballé moi aussi, et lorsque Adébayor a été désigné, une grande clameur a enveloppé la ville. Ah!, que je suis fier d'eux, mes compatriotes. Voici venus le temps des héros.
Le jeune homme devant moi ne tenait plus en place. Dans ces yeux, je lisais une immense fierté, fierté d'un père pour son fils. Moi aussi je me suis senti fier. Fier d'être Togolais.
Puis le héros du jour s'est avancé sur la tribune, tout d'abord après avoir ôté le drapeau togolais qu'on lui avait accroché au cou, et s'est adressé au monde en Anglais. Il a été question de sa mère, de son origine nigériane, et de sa maman. Ensuite, rien.
Le jeune homme est resté pantois. J'ai observé que Adé aurait pu parler en français, remercier le peuple togolais pour son soutien...
Le jeune homme m'a surpris. Il est devenu furieux, maudissant le héros du jour pour son "ingratitude".
Lorsque j'ai quitté l'atelier, la tête labourée à fond, il régnait une ambiance de fête innachevé, gachée par une tornade ou une incendie.
Héros déchu? non, mais occasion ratée.
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