Ils étaient 114, prisonniers de la carlingue
Gonflés de souvenirs, ils avaient franchis la passerelle face aux douaniers
Souvenirs de temps passés, présents et futurs qui fusionnent avec l’arrivée
L’appareil s’était enfermé sur eux, comme un cocon d’un autre monde
On dirait un linceul, avait murmuré une femme aux allures de la Joconde
Gonflés d’espoir, ils s’étaient envolés pour de bon, remerciant les pilotes
Ils avaient ouvert les ceintures, et rassurés, s’étaient mis à la parlotte
Mon chéri viendra-il me chercher, ou enverra-il la voiture climatisée ?
Le pauvre, il travaille tellement qu’il n’a pas pu m’accompagner.
Gonflés d’anxiété, ils étaient entrés dans les zones de turbulence
Les clics des ceintures, les visages graves, l'hôtesse et son assurance
Mon Dieu, faites qu’il ne se passe rien, que vont devenir les enfants ?
Les hommes se cramponnent aux sièges, et affichent un superbe cran
Gonflés de panique, ils avaient crié à l’unisson quand l’avion avait piqué
Les habitués des lignes avaient compris, l’heure pour eux avait sonné
Un jeune marié pense à sa femme, si belle, si jeune et déjà veuve
Une femme scande ce que fait le Seigneur est bon, c’est juste une épreuve,
Gonflés de paix, ils reposaient dans la mangrove, loin de tout autre souci
Personne n’avait vraiment souffert, le choc avait été rude sur le glacis
Ils étaient cent quatorze, et une main mystérieuse avait décidé de leur fin
Là bas, à Nairobi, le chéri était là, souriant, un bouquet de fleurs à la main