Un diplomate à la cour des miracles

Publié le par Gerry

http://nainsportentnawak.net/blog/public/images/courdesmiracles.jpgDepuis quelques jours, je suis aux abonnés absents. vous êtes nombreux, amateurs de ce blog, à vous être inquiété de mon sort. Je vais bien, et merci à vous.
Je suis revenu de Paris jeudi le 18 février. Vendredi, vers 15h, j'ai reçu un appel téléphonique m'informant que mon oncle, diplomate, venait de faire un accident grave en allant au nord. Je le croyais moi à Pekin.
Allez, vite, plan ORSEC en blanle. J'appelle toutes les autorités de la région. Oui, c'est confirmé. C'est lui. Un lointain cousin est prêt, deux heures plus tard à y aller. Ma tante, et ma femme l'accompagneront. Je suis fourbu de ma semaine parisienne. Je les attends à Lomé, certains qu'ils rencontreront l'ambulance en chemin. L'accident a eu lieu avant Atakpamé (150 km au nord de Lomé).
Et bien non, ils ne la rencontrent pas, l'ambulance, mais l'accompagnent sur Lomé. Arrivée à 3h. Moi, nonobstant ma fatigue, je suis allé sur le terrain régler certains problèmes de mes agents.
6h45. Je suis à l'hopital. Il est là. Assez amoché. Mais il reconnait son monde. Je suis rassuré. Il est à la réanimation. Une espèce de grande salle, où les malades, comme tous les malades du monde, ont rendez-vous avec leur démons, et leur limites. Difficile de mettre la main sur un médecin, le professeur est parti, nous promettant l'arrivée d'un cardioloque et l'aménagement d'une salle pour le blessé. Difficile de dire qui fait quoi. Je cherche le médecin traitant, on me dit que tout va bien. Une heure (deux?) on nous demande des radios. Allez, on y va. L'hopital est en chantier. Les alleés sont encombrés de lits éventrés, de sommiers médicaux abandonnés, et de gravats. L'aide malade qui pousse la civière joue avec les manches à chaque arrêt. Elle donne des coups sur les bras de la planche, comme pour les enfoncer. Le blessé est secoué à ce mouvement, mais elle ne s'en soucie pas. dans la salle de radio, je me retrouve seul sur la table avec l'opérateur. Le blessé est lourd, la banquette étroite. Il faut le bouger à chaque prise. Déja, pour le faire quitter la civière, c'était compliqué. L'aide-malade papote avec une copine, l'opérateur me fait tenir le blessé. Un moment, (acalmie) j'allume mon téléphone, et dit à un commandant fictif, que je suis le lieutenant x et que mon oncle, diplomate y, est à l'hopital. L'effet est immédiat. L'aide-soignante vient à la rescousse.
La journée passe, lente. Depuis 11h, on nous a demandé une autre radio. Impossible de le faire. Le surveillant conservant les clichés s'est déplacé. Il dit qu'il arrive.
Le cardioloque finit par se présenter. Il est 14h. c'est un ami. Je suis rassuré. L'oncle fonctionne au peace maker. Il me rassure. tout va à peut près bien de ce coté. Et le surveillant qui n'est toujours pas là. La liste de ceux qui veulent faire une radio s'allongent. j'insiste, on l'appelle encore. Il nous engueule proprement. ça fait quatre heures qu'il dit qu'il arrive. J'ai des envies de meurtre.
Une heure plus tard. On nous demande un scanner du cerveau. Qui? on ne sait pas trop. Mais allons-y donc. Où. L'hopital n'a pas de scanner. Aucun hopital public n'en a. Faut aller chez un privé. L'ambulancier n'est pas là. On le cherche. Il est rentré chez lui. C'est à perpet'. Faut l'appeler. Faut donner un portable avec crédit. Je donne le miens. Il dit qu'il arrive. Une heure d'attente. Quand il arrive, je lui fait la remarque sur son retard, il me sermonne. Je me fais tout petit. c'est la santé de mon oncle, tout de même.
l'ambulance est antique et poussive. Mais à la guerre comme à la guerre.
Le matériel dans cette clinique privée est relativement neuf, et performant. Nous en profitons pour les radios. C'est déja ça.
Quand j'arrive à l'hopital, les autres compagnons d'accident sont là. Ils ont été évacué eux aussi. Il faut payer les ambulanciers. Pour le trajet Atakpamé-Lomé- Atakpamé et Hopital-scanner-hotipal. Il faut sortir les marteaux, et briser la tirelire.
Les rescapés sont dirigés aux urgences. Un mouroir. Connaissant le système, nous avons appreté l'argent. pour tous les soins. L'achat de coton, de l'aiguille, de l'alcool, et le paiement des points de suture. Tout est à acheté. Un jeune homme est "largué" par un taxi. Il a une plaie béante à la jambe. L'os est visible. Il a été abandonné là, sur le carrelage. Je demande à une infirmière si on ne va rien faire pour lui. Elle me répond, goguenarde:
- Qui va payer?
Un monsieur me dit:
- Parfois, des personnes, même importantes meurent ici comme ça. si tes parents n'apprennent pas vite ton accident et accourent à l'hopital, on te laisse crever.
J'ai la chair de poule.
C'est ainsi que vont se passer les cinq jours que nous passerons à l'hopital. Marteaux pour la tirelire, scène d'un autre âge, et cette impression oppressante d'être abandonné, malgré les effort du professeur, qui parait aussi être bien seul.
Je le regarde, mon oncle, près de 30 ans de bons et loyaux services à sa nation, aux plus hautes fonctions, et qui se délite devant mes yeux.
Mercredi, la nouvelle tombe. On va l'évacuer. Dieu merci. c'est le branle-bas. A cette nouvelle, je le vois se redresser. Son oeil frétille. Voila, le bout du tunnel est proche.
Mais les préparatifs administratifs sont lourds, et pénibles.
Jeudi, ça y est, les choses ont l'air d'avancer. Je me retrouve à faire la navette entre le consulat, et même le ministère des affaires étrangères. Pourquoi ne pas avoir envoyer le médecin du ministère faire la liaison, (pour les soins) et le cabinet (pour l'évacuation). Je dépose les passeports au consulat, mais les Français sont catégoriques, l'hopital d'accueil doit confirmer avoir reçu le virement pour la prise en charge. On ne partira pas. Je suis furieux. Que fait notre diplomatie. Il est des questions sur lesquelle la parole d'honneur suffit, surtout quand un homme se meurt.
Vendredi, journée à tergiverser. Le matin, j'ai appelé l'ajoint au consul pour avoir des nouvelles, au sujet des visas. Je me suis fait copieusement remettre à ma place. Envie de meurtre, impression de vide. Mais je me fais tout petit. C'est à nous de nous doter d'infrastructure pour sogner nos malades. Ah! quand je pense qu'il y a plus de medecins togolais dans la région parisienne que dans tout le Togo. Que faisons nous de nos ressources.  Finalement, on décolle vers 20h. Je tiens à l'accompagner. On verra sur place.
Paris, samedi, dimanche, lundi. les analyses mettent en lumière plusieurs lésions non décelées à Lomé. Nous avons eu de la chance.
Que retenir de cette histoire? D'abord que nous devons une fière chandelle à tous ceux qui ont oeuvré pour son évacuation sanitaire. A tous, je dis merci, même s'il est regréttable qu'une d'assurance confortable ne couvre, au moins, les hauts cadres de la nation, et qu'il faille toujours une intervention heureuse pour dénouer ces situation. Pour une telle évacuation, combien crèvent à Lomé, et à l'intérieur du pays, pour faute de soins adéquats.
Secondo que tout togolais a une sacrée épée de damocles sur sa tête. Pour aller au paradis, inutile de passer par l'hopital public, notre cour des miracles à nous.  Et c'est la seule vraie leçon à retenir. Il faut avoir de l'argent liquide prêt à servir, et une pièce d'identité, avec le nom de personne à prévenir systématiquement sur soi, chaque fois que vous mettez le nez dehors.
Que Dieu bénisse le togo.


Publié dans Coups de coeurs

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zoul 07/03/2010 13:39


C'est dur de savoir ça. Je le sais depuis longtemps. Mais ton billet éclaire et illustre ce triste état de fait. On a si peur pour nos proches, tout le temps, face à ce risque qui les guettent. Au
Burkina, il y a un groupe d'ambulanciers qui s'est mis en place pour sauver des vies, je trouve ça génial. Qui lancera ça au Togo ? Gerry ? Au fait, quand tu seras un peu libre, fais moi signe, je
veux toujours qu'on se rencontre pour causer de tes projets en informatique..


François Blao 06/03/2010 15:35


Eh oui, tu as raison. C'est malheuseusement le sort qui est réservé à nous "les autres du bas de l'échelle" dans notre petit et cher Togo, "L'OR DE L'HUMANITE". Et si le mssage que tu as bien voulu
partager avec tout un chacun des TOGOLAIS pouvait arriver à tous, ce serait un grand coup de pied dans la fourmilière pour arrêter un temps soit peu de tourner en rond. Du courage et que tous
ceux-là qui sont de l'autre côté de la berge se souviennent toujours de Dieu dans tout acte qu'ils posent. Oui, que Dieu bénisse le Togo! Et surtout qu'ils se souviennent de la parole du Seigneur
dans la Bible, Apocalypse 3-v17.


gerry 05/03/2010 15:20


Je savais pour le systèle américain. Mais là, les jeux sont clairs. Pas d'assurance, pas de soins. Ici, nous sommes supposés être dans un Etat providence, comme en Europe.
C'est là où le bas blesse.
Merci à toi.
L'oncle va mieux.


Malick Evarist Tchakpedeou 05/03/2010 14:57



Toutes mes sympathies à toi, à ton Oncle et à toute la famille.


Les médecins soignent – quand le cœur leur en dit –  mais c’est l’Eternel qui guérit.  Confions activement ton oncle à l’Eternel et il le délivrera.


Y en a  qui pensent que  la rudesse pécuniaire est uniquement propre à nos hôpitaux au pays. Erreur !


Chez ”l’oncle SAM” ça se matérialise en terme d’assurances santé – qui elles-mêmes ont des divers
degrés de validité – mais  c’est le même marchandage, le même chantage.


C’est de la nature humaine : l’instinct de survie. Le médecin se préoccupe de sa propre
survie mieux que de celle du mourant.


Quand le System dit au plus philanthrope des médecins qu’il ne sera pas payé si le malade ne paye
pas…le naturel revient au galop.