Si Dieu voit Gbagbo, il regarde Ouattara aussi

Publié le par Gerry

http://news.abidjan.net/photos/photos/610x%20(5)(85).jpgDepuis hier, le pouls de l’actualité africaine s’est accéléré. Nous, peuples d’Afrique de l’Ouest, avons presque suspendu nos activités pour braquer toute notre attention sur la crise ivoirienne.  Là bas, au pays de l’Eburnie, les événements se précipitaient : Laurent Gbagbo, ainsi que sa famille, ses collaborateurs avaient été arrêté dans la casemate de la résidence présidentielles, et conduits sous escorte à l’hôtel du Golf. D’autres faucons du régime avaient même trouvé refuge au 43ème BIMA, chez ces Français là même à qui on n’avait cessé de demander le départ.

Pour une fois, je serai bref dans mon analyse, d’une part parce qu’il fait nuit et que je suis crevé, et d’autre part parce que j’ai trop traité de ce sujet sur ce blog.

Trois observations me viennent à l’esprit suite à ce dénouement calamiteux :

Primo : Il n’y a pas de gagnant dans cette confrontation. Certes, le clan Gbagbo, par son entêtement a presque tout perdu. L’honneur, le respect, la dignité. Seigneur! Quel est cet homme qui garde dans un champ de bataille, autour de lui, des femmes et des enfants alors qu'il est dans un kessel (encerclée). Mais ADO, en prenant le pouvoir avec deux handicaps majeurs (les massacres à Duekue et le décisif coup de pouce (je dirai même poing) des forces françaises) perd non la légitimité, mais la crédibilité dont il aurait pu jouir s’il avait mené une campagne militaire exemplaire. Il est condamné à un gouvernement national, impliquant certains de ses détracteurs d’hier, s’il veut se faire une virginité. Le peuple Ivoirien restera quant à lui le plus grand perdant de cette bataille de Titans. Tous ces morts et disparus qui ne reviendront jamais. Je vais souvent sur les forums ivoiriens. Le syndrome de l’Ivoirité n’a pas encore disparu. Et il m’est avis qu’il va se renforcer, car Ouattara, en bon libéral, va sans doute ouvrir l’économie nationale aux grands groupes financiers. Le pays en profitera sans doute, mais les écarts de revenus vont se creuser, faisant l'affaire des « patriotes », qui eux, ne désarmeront jamais.

Secondo : « l’irresponsabilisation » de l’Africain bat de nouveau son plein. Il faut croire que c’est nous plutôt les Africains qui refusons notre souveraineté. En effet, bien qu’il ait été établi que les hélicoptères de l’ONUCI ont combattus avec le soutien des gazelles françaises (et un MI 24 est une sacrée machine de guerre, comparée à une gazelle), bien qu’il soit démontré que les chars de l’Onuci dans la journée de lundi se sont déployés aux cotés des chars français, une partie des Africains n’ont vu, dans la chute de Gbagbo, que la main de la France. Ah, cette France là !, mais qu’est-ce que qu’elle était donc inspirée, quand elle a arrêté la progression des colonnes rebelles envahissant le sud de la Côte d'Ivoire en 2002. Ces troupes Françaises là, respectaient sans aucun doute la souveraineté ivoirienne à ce moment-là. Cette Licorne là, alors que depuis 2004, Laurent Gbagbo aurait simplement pu demander à ce quelle se retire de la Cote d’Ivoire (ce qu’elle aurait fait, puisqu’il disposait d’une légitimité à cette époque), est restée indispensable tant qu’elle pouvait enrayer toute tentative de reprise des hostilités des rebelles. L’Afrocentrisme a souvent des relents de puérilisme.  Toutes ces levées de bouclier pour dénoncer l’intervention de troupes françaises, alors que les massacres de populations à Abidjan n’ont jamais semblé troubler ces biens pensants. Mais ce n’est pas bien grave. Quand un Africain massacre à coup de machette un autre Africain, le coupable, ce n’est pas le massacreur, mais celui qui a fabriqué la machette, et si ce dernier est Africain, ce sera celui qui aurait fourni le fer, et si ce fer est Africain, il faudra chercher du coté du fabricant de l’allumette ayant servi à allumer les fourneaux du forgeron. Pauvre de nous. Il semblerait donc que Gbagbo, encerclé, enfermé dans son bunker, aurait eu un autre sort que de se rendre, si l’ONU et la France n’avait pas intervenu.

Tertio : L’investissement le plus pressant que la Cote d’Ivoire devra faire dans les cinq années à venir, sera la dotation d’une armée : équipée, avec des chefs militaires bien formés, bien instruits, avec un sens supérieur de la hiérarchie. La Campagne militaire a mis à nue le manque de stratèges dans les deux camps. En effet, les généraux de Laurent Gbagbo ont clairement démontré qu’ils avaient gagné leurs galons dans les salons et sur les podiums avec les jeunes patriotes à pousser à la chansonnette. Le spectacle était hallucinant. Alors que la guerre se profilait à l’horizon, alors que tous les témoignages faisant état de nombreux recrutements dans les zones CNO, aucun chef militaires n’est sorti (enfin, ouvertement) d’Abidjan pour organiser les lignes de défenses. Et une fois que les hostilités ont commencé, aucun plan de bataille, aucun salle d’opération, aucun commandement opérationnel n’a été mis en place par les généraux de Gbagbo pour préparer ne serait-ce que des lignes de défenses enterrés, ponctuées de contrattaques blindées qui auraient mis à mal les FRCI. Il suffit d’imaginer tout le mal que ces derniers ont eu pour s’emparer des bastions de Gbagbo à Abidjan pour imaginer le cour qu’aurait eu la guerre si des villes comme Gagnoa, Duekue, TIebiessou, et Bondoukou s’étaient érigées en forteresses, fixant les colonnes ennemies, et les rendant vulnérables aux tirs d’artillerie de campagne longue portée, ou au mieux, à des furieuses contre attaque blindées qui auraient sans aucune difficulté culbuté les troupes faiblement équipées des FRCI. Gbagbo a commis une erreur militaire impardonnable. Il a utilisé les blindés en ville (où ils sont le plus vulnérables et dangereux pour la population civile) là où c’est l’infanterie plutôt qui devrait agir, puis a laissé la campagne à son ennemi, là où ses blindés auraient été efficaces, et n’auraient pas crée toutes ces pertes collatérales dues à des tirs tous azimuts en ville. Comment comprendre qu’une ville ne se fortifie pas, ne prépare pas des obstacles au franchissement, des trous de combat, à l’approche de l’ennemi. Si les FDS avaient pu remporter ne serait-ce qu’un seul combat en rase campagne, la guerre aurait eu un tout autre visage. Pour cela, il aurait fallu un Rommel, un Guderian, voire un David Stirling ou un Jonas Savimbi. Mai bon ! Il suffit de voir le spectacle hallucinant de l’allégeance des généraux pro-Gbagbo à Ouattara aux lendemains de l’arrestation de leur mentor pour comprendre que ces généraux là ne gagnent pas des guerres, mais des villas, des médailles et des barrettes. Pauvres militaires ivoiriens morts par devoir. A eux, on n’a jamais rien demandé que d’obéir. Et ceux qui ont fait des choix sont bien restés aux chaud, et pendants que les corps de leurs soldats sont encore fumants sur les champs de batailles, les voila qui déjà quémandent les faveurs des vainqueurs. Il est regrettable que nous soyons si noirs. Le blanc, quand il a honte devient rouge et tout le monde le voit.

Les FRCI non-plus n’ont pas fait preuve d’une science militaire exceptionnelle. S’appuyant sur leur ascendant psychologique (et mystique) sur les FDS, elles ont presque déroulé tranquillement vers Abidjan, comptant sans aucun doute prendre la ville sans combattre. Il a simplement fallu qu’elles retrouvent en face de troupes décidées, pour qu’on se rende compte de leur relative vulnérabilité. La reprise des locaux de la RTI en est un exemple patent. Ne disposant pas d’artillerie lourde, faisant face à un ennemi enterré, maitrisant son terrain, et plutôt combattif, les FRCI ont perdu leur panache dans la bataille d’Abidjan. Leur vulnérabilité a été mise à nue. Voila pourquoi il faut que l’édification d’une armée forte et disciplinée soit la priorité des priorités. Houphouët avait fait le pari d’une armée faible, peu opérationnelle et malléable. Toutes les guerres de Côte d’Ivoire procèdent de cette précarité. Les velléités de reconquête du pouvoir par les armes vont continuer à habiter quelques miliciens, revanchards et autres patriotes qui n’accepteront jamais Ouattara comme Président. Si la Cote d’Ivoire n’a pas une armée Républicaine et forte pour faire face à cette menace, elle est définitivement perdue.

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joseph kpassi 29/10/2011 14:11



je voudrais vous remercier Mr Gerry pour le sacrifice,la corde que tu t'ais mise au coup, le poison que tu as accepter prendre pour participer au processus actuelement en cours pour conduire le
peuple togolais à son épanuissement politique puis économique.c'est des réactions commes la votre qu'il nous faut.En effet ,il n'y a pas de revolution sans sacrifes et critiques.Dautre part ,la
revolution vient outrager l'accoutumé qui était vue jusqu'alors comme la seule alternative.Je pense que j.p.Fabre ,par ce refus de dialoguer contredit sa propre idéologie plitique.En d'autre
termes,comment pense t-il présider et developper ce pays(s'il était élu un jour président) s'il ne permet pas le dialogue?N'est ce pas la vraie démocratie est celle qui accepte le dialogue donc
l'opposition?Que J.P.Fabre sache que c'est au non de la démocratie que le partie au pouvoir l'invite à discuter afin de faire évoluer le pays à l'unanimité au quel cas on ne peut en aucun cas
sacrifier tout un peuple à cause d'une tiers personne qu'il est.