Oui, il m'arrive parfois, comme maintenant, d'être amer d'être Togolais

Publié le par Gerry

100_0169.JPG

Voici 5 jours que je suis à Paris, à courir les rues pour les nouveaux livres de ma maison d'édition, et à faire des formations pour mon entreprise. Pas de répis, pas de repos.

Et comme d'habitude dans ce cas là, les nouvelles qui parviennent du pays paraissent comme prevenant d'un mauvais roman.

La mairie va casser la baraque qui me servait de salle d'exposition, pour raison d'avoir été construite sous les moyennes  tensions. Ce qui est drôle, il y a trois jours, les mêmes agents étaient là pour la perception de la taxe préfectorale, au sujet à peu près du même batiment.

Dans l'absolu, c'est vrai, la cabane était sur une réserve administrative, et elle n'a pas à être là. Je vais donc la faire casser. Mais ce que je ne comprends pas, c'est la furie de la mairie, à faire casser systématiquement toutes les baraques construites sur l'espace public. D'une part parce que même dans des capitales européennes, les commerce ont le droit d'empièter sur une partie de l'espace compris entre le trotoir et les bâtiments. Comment les cafés auraient des terrasses, autrement? Il faut juste un texte de loi qui en précise le contenu, et fixe les obligations.

Ensuite, avant toute démolution, il faut un dialogue avec les concernés, avec obligation pour la commune, de faire des propositions  au contribuable, par exemple des espace de réchange, une prise en charge du replacement. Mais j'ai la malheureuse impression qu'en ce moment, un démon fait tout pour qu'un jour, sur un incident anodin, le raz le bol fasse sortir les gens de leur réserve somme toute fataliste. Sinon, comment comprendre qu'avec un taux de chomage qui touche des sommets, l'informel devenu la porte de sortie trouvée par plusieurs togolais pour sortir de la misère angoissante qui les héberge, on puissent encore les assommer avec des démolutions tout azomut. Et qu'on ne me dise pas que les gens ne veulent pas se mettre aux normes. Voici plus de deux mois que j'attends la sortie de mon régistre du commerce, depuis que j'ai fait le dépot. Aujourd'hui, à Lomé, on casse sans ménagement, sans rien expliquer aux gens, dans un mépris total du dialogue citoyen. Enfin, les rumeur font etat d'un embellissement de la ville de Lomé. Comment diable peut-on embellir une ville où quand il pleut, c'est une constellation de nids de poules qui éclaboussent de leur eaux souillées les passants et les habitations des maisons à chaque passage de voiture, et quand il ne pleut pas, c'est un nuage de poussière qui enveloppe la ville. J'ai du mal à suivre.Vraiment.

Et là, je rebondis sur le second sujet de mon amertume, la décentralisation. A Agoè, donc préfecture du golfe, il n'y a  pas de maire, mais un président de la  délagation spéciale, donc un fonctionnaire qui ne rend compte qu'au ministère de l'administration. Aucun élu au monde ne peut se risquer l'ire de ses électeurs en rasant ainsi leur commerce. Il ne se fera jamais élire de nouveau. Il y a quelques mois, la comune de Niort a suspendu son partenariat avec la ville d'atakpamé, parce que les autorité des la mairie de cette ville togolaise ne sont pas des élus, mais des fonctionnaires. Les logiques ne sont pas les mêmes. Cet incident aurait dû faire la une de tous les journaux. Les partis politiques auraient dû saisir l'occasion pour monter au créneau, et exiger d'avantage la tenue de ces élections locales dans les plus brefs délais, précédés d'une rigoureuse préparation logistique, et surtout, pédagogique. Mais rien n'y est fait. Pire, à la réunion de suivi de l'accord UFC-RPT, il est précisé:  Sur les élections locales, le Comité de suivi a réitéré l'impérieuse nécessité de les organiser en 2011, dans le cadre des communes et préfectures existantes. J'ai les yeux qui font le yoyo dans les orbites. Si pour une réforme administrative aussi capitale pour l'avenir de notre pays, le sujet est traité avec autant de légèreté, sans la présence de toute la classe politique, les représentants de la société civile, nous courrons droit à notre perte. Je suis toujours aussi persuadé que sans la décentralisation, nous ne pouvons entreprendre aucun stratégie de développement durable, allant dans le sens des Objectifs du millénaire. Il faut sortir une partie du pouvoir central et le confier au citoyen, afin qu'il devienne plus responsable et plus soigneux de son propre patrimoine. Ce qui me tétanise dans ce communiqué, c'est qu'on parle de conserver les préfectures, et surtout les communes dans leur état actuel. Ce qui veut dire que la commune de Niamtougou par exemple, va continuer a gérer un village comme Siou, distant de 14km, avec près de 10 000hbts. Une hérésie dans l'administration des collectivités locales. Des villages situés à près d'une quarantaine de kilomètres des du maire et de son administration: où est le local dan tout ça?

Par ailleurs, que le pouvoir RPT puisse être frileux quant à l'éventualité de la décentralisation, on pourrait comprendre, (sans le j justifier, au nom de notre pays) car dans beaucoup de pays africains, qui tient la mairie de la capitale, finit par tenir le pays, et les barons savent qu'ils ont peu de chance de l'emporter dans la capitale, mais que Gilchrist, qui est donc le chantre du renouveau, puisse cautionner une telle idée, je suis attéré. Comment allons-nous nous en sortir dans ce pays? Je suis bien curieux de savoir ce que pense notre premier ministre de tout ça, lui le monsieur Afrique du PNUD. Cette organisation place tout de même la décentralisation au centre de toute la problématique du développement endogène. Curieux, curieux.

Pour finir, et là, je suis vraiment amer, c'est la sortie de notre président de l'assemblée nationale. Oui, je sais, je ne suis qu'un blogueur, qui la ramène même trop, mais je me souviens seulement qu'il y a une semaine, j'étais invité à l'émission "plateau de la semaine" à la TVT, et je disais qu'il nous fallait un devoir de mémoire. Nous avons perdu, tous les Togolais ont perdu des proches lors des événements douloureux de 2005. Le Président de la République lui même, a souhaité à Atakpamé lors d'une allocution, que plus jamais les démons de la violence ne hantent notre pays. Et moi, à la TVT, je disais qu'il fallait qu'on se souvienne de ceux que nous avons perdu de façon plus organisée. Qu'on sache qui ils étaient, et que leur souvenir ne disparaissent pas de la mémoire collective. Et sur cet entrefaite, voila notre ancien président qui fait du négationnisme. C'est à des moments comme celui-là que je déplore le manque d'éthique dans nos relations à autrui dans notre société. Le négationnisme n'est pas un crime dans notre code pénal, donc il n'y a pas de raison objective, ni de le poursuivre en justice, ni démander sa démission. Mais je me dis que tous les leaders d'opinion de notre pays, à commencer par les députés (toutes tendances confondues) doivent crier haro sur cette malheureuse sortie.

Et bien non. Les uns cherchent à recupérer un siège qu'ils pensent qu'on leur à piqué, et les autres s'assurent qu'ils le gardent bien. Et nos valeurs fichent le camp. Que dire aux enfants qui ont perdu par exemple leur parent durant ces moments sombrent, mais qui croient et respectent nos institutions. Que nous sommes un pays où un ex-président de la République (lui justement) après avoir présidé aux destinées de la nation, disparait de l'histoire de son vivant (le CPDC l'a superbement ignoré lors d'établissement de la liste des anciens présidents du Togo pour le cinquantenaire) mais est capable de nier l'existence d'atrocités qui ont endeuillé toutes les familles togolaises (du nord comme du sud) pendant une période où tout le monde s'accorde à dire que ce fut qu'il faut mettre ça derrière nous  (cause de la création de la CVJR d'aileurs). Je ne comprends pas. Je ne comprends pas que personne ne dise rien, et que lui ne s'excuse pas publiquement. Je ne comprends même pas que l'interview a été donné à Tiibune d'Afrique, journal suspendu de parution au Togo suite à une décision de justice. Je ne comprends plus rien à ce pays.

Et pourtant, il est beau. Ses habitants sont travailleurs, durs à la tâche, à l'intélligence flamboyante. Quand vous allez hors du Togo, vous rencontrez toujours des gens qui vous parlent qu'en bien des togolais qu'ils ont connus. Et ça ne prend pas. Nous avons tout pour être un modèle dans la sous-région (comme autrefois, mais à notre corps défendant), mais la mayonnaise ne prend pas.

Voila pourquoi je suis amer d'être Togolais. Rien que pour ça.

Publié dans Coups de gueule

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Achille la Tete 25/09/2010 06:05



Salut,


J'ai toujours lu avec passion tes analyses sur ce blog quand j'en ai eu la chance et aussi apprecie ton choix entrepreneurial. MAis je me suis toujours reserve de commentaires. Je ne peux passer
celui ci sans te laisser un mot d'encouragement. Car voila des actes qui tuent notre economie et qui ne doivent pas nous decourager. J'ai plus mal quand je regarde mon pays aujourdhui, les
comedies de ceux qui se disent nous guider, les deces par manque de moyens ds certains hopitaux et les opportunites de changements que nous ratons. Devant tout ceci mon amertume grandit
et je me dis depuis quelques semaines pourquoi pas? GArde courage quelque soit l'issu de cette affaire