La communauté internationale serait-elle contre le Togo?

Publié le par Gerry

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L'actualité nationale et internationale est dominée ces derniers jours, dans notre presse locale, par deux faits majeurs: La situation en Côte d'Ivoire, et la suppression de 80% de la dette extérieure togolaise.

Pour l'actualité en Côte d'Ivoire, je m'étais avancé, certain de mon fait, dans la reconnaissance sans complaisance non seulement de la victoire de M Ouatara, mais dans le soutien de la position de la communauté internationale. Et je croyais, bien naïvement il est vrai, que la majeure partie de ceux qui revendiquent le partage de quelques valeurs universelles telles que la démocratie et l'Etat de droit, partageaient mon point de vue.

Eh bien, non. Quelle ne fut pas ma surprise de constater que certains proches amis, dont un éminent journaliste togolais dont je tairai le nom, mais qui se reconnaîtra facilement, justifiait le position de Gbagbo, en brandissant la carte de la souveraineté nationale." Le conseil constitutionnel est souverain, lui seul est habileté a donner les résultats définitifs, même si on a l'impression (voire la conviction) qu'il a une position partisane, on doit s'alligner, car c'est cela aussi, l'Etat de droit" disent-il pour soutenir leur position. Mais alors, quand ce même conseil constitutionel décide de violer lui même le droit, en violant notamment l'article 64 du code électoral (le scrutin est invalidé et reconvoqué dans un delai de 45 jours en cas d'irrégularités importantes pouvant entacher la fiabilité des résultats), sommes-nous encore dans l'Etat de droit? Oui, disent-il. Les arrêts du conseil n'étant susceptible d'aucun recours, il faut s'alligner. C'est leur leitmotiv. Ah, le droit, quand tu nous tient.

Mais ce ne sont pas mes amis de Lomé qui m'ont le plus surpris. Ce sont plutôt ceux de la diaspora, mes amis virtuels, des forums et autres réseaux sociaux. De jeunes intellectuels africains soutiennent Gbagbo sous le simple prétexte de résistance contre l'impérialisme occidental. Gbagbo serait le rampart d'airain contre la FranceAfrique. Même si durant les 10 ans de sa présence à la tête de la Cote d'Ivoire, les entreprises françaises ont renforcé leur mainmise sur l'économie Ivoirienne, même si cette même économie s'effondrerait immédiatement si la France, et le reste des entreprises internationales se retirait unilatéralement de la RCI (que feront les Ivoiriens de leur fêves de café, de le cacao et de leur gomme d'hévéa), ces amis virtuels trouvent dans la prédation du pouvoir de M Gbagbo, le ferment d'un nationalisme d'une autre époque. Et comme on pouvait s'y attendre, le paralelle avec le Togo fleurit, et sent bon la menthe et le jasmin. La communauté internationale est injuste, pratique une politique de deux poids deux mesures. Pourquoi le Togo n'a jamais bénéficier d'un tel radicalisme de la communauté internationale, pourquoi a-t-elle fermé les yeux sur les résultats des élections de 1998, de 2005, de 2010, si des intérets économiques et partisans ne soutendaient pas ses réactions pour la cas de la RCI. Même les leaders de l'opposition, au cours de leur meeting hebdomadaire à la plage hier, n'ont pas manqué de fustiger le communauté internationale, pour sa partialité. En un sens, on pourrait leur donner raison pour sur certains sujets. En 2005, il y a eu des violences au Togo qui ont fait près de 400 morts, selon le rapport de l'ONU. Même si ce rapport établit des responsabilité de part et d'autres, on a jamais vu la CPI brandir des menaces de poursuite comme elle le fait pour la RCI en ce moment. Mais au même moment, on pourrait rétorquer que les menaces brandies par ces institutions visent à empêcher le remake des massacres de 2002 et 2004, massacres contre lesquels la même communauté internationale était resté plutôt évasive, comme dans le cadre togolais.

Cependant, la réponse à propos de de la différence de traitement entre le RCI et le Togo à mon avis bien simple: La communauté internationale ne s'empresse pas trop aux cotés de l'opposition togolaise car celle-ci est trop ingrate. En effet, le togo a été  l'un des pays qui a le plus été touché par les sanctions de la communauté internationale, à commencer par l'Union Européenne. Près de 15 ans durant, le pays a été sanctionné, pour déficit démocratique. Ceci a conduit néanmoins à la l'organisation dans des conditions transparentes des élections législatives en 1994, à la signature de l'accord cadre de Lomé, en 1999 (qui a certes accouché d'une souris), mais surtout à la signature des 22 engagements, véritables préludes à l'APG( on me dira, qui a aussi accouché d'une souris, mais bon, c'est toute une autre histoire). . Et que dire du lever de bouclier suite à la passation roccambolesque de pouvoir de févier 2010. Que dire de la position ferme de la CEDEAo, de la francophonie, de l'UA, bien avant l'onu et l'union européenne, qui ont ont dans un concert parfait, obligé un certain retour à l'ordre constitutionnel? Bien avant la Cote d'Ivoire, le Togo a été le premier pays a expérimenter durement le véto international, et ça a marché à l'époque.

Bien entendu, les résultats du scrutin présidentiel de 2005 n'ont pas été à la hauteur des attentes d'une partie de la classe politique. Faure a-t-il gagnéles élections en 2005? Difficile de le savoir. En dehors de sondages (encore que ) et de la bonne foi de tous les acteurs, il est difficile de se faire une idée exacte. Et les violences qui ont suivi ces élections ont vite fait de décréditer le pouvoir en place. La seule chose que je sais, c'est que sur la base des résultats des législatives de 2007, où le RPt s'en est sorti avec 32% de l'électorat et l'UFC 30%.  Dans une élections présidentielle à 1 tour, ce sont les 38% restant, qui n'appartiennent pas aux deux poids lourds, qui font la différence. Et du diable si je sais pour qui les 38% ont voté. Mais les élections de 2005 étaient calamiteuses, toutes les parties cherchant à entuber l'autre, et comme je l'ai dit, les violences ont tout occulté.

Mais alors, le communauté internationale serait-elle aussi versatile? ou alors inconséquente? Peut-elle unanimement décrier un responsable politique, pour l'adouber dans les jours suivants? Les observateurs ont-ils un mandat impératifs, sont-ils sous le joug des instutitions qui les mandatent, au point d'être soumis à la loi du silence? Je me permets d'en douter. Mon avis est que les fraudes, lorsqu'elle existent, sont devenues plus élaborées, plus difficiles à déceler. Comme cela a été constaté ces derniers temps lors de certaines élections, les achat de conscience sont plutôt difficile à appréhender, surtout pour un étranger. Comment un observateur peut-il déceler la supercherie quand TOUS les membres d'un bureau de vote sont par exemple d'accord pour bourrer l'urne de ce bureau de vote, ou pour modifier l'ensemble des procès verbaux? Plus de subtilités, plus de rafinement dans la fraude, mais d'un certain coté, on peut dire que c'est de bonne guerre. A l'opposition de trouver la parade. Lors des élections au Kenya, les jeunes ont trouvé des moyens de faire suivre en direct, par sms et par appareils photos des portables, tous les incidents qui se passaient dans les bureaux de vote. Ainsi, les observateurs se déployaient à temps, dès qu'une alerte était donnée. Il y avait plus de preuves par l'image, et la communauté internationale a pu ainsi se faire une idée de l'étendu des fraudes, et a ainsi pu peser de son poids pour le partage du pouvoir (mesure certes insuffisante, mais salutaire). Si chez nous, notre opposition passe sont temps à crier au loup entre deux élections, et place ensuite dans les bureaux de vote des militants de dernière heures, attirés plus par l'appât du perdiem que par l'engagement politique, il ne faut guère s'étonner que les espèces plus sonnantes et trébuchantes de la partie adverse n'aient pas raison d'un idéal qui en réalité n' a jamais eu le temps d'être construit.

Mais il y pire: l'absence de relais dans la communauté internationale de nos leaders politiques. Qui peut dire aujourd'hui quel ami, ou proche un Fabre, un gilchrist ou un Agboyobo a en Europe, aux Etats Unis ou au Japon. Quel parlementaire ou homme politique africain se targue ouvertement d'être un ami d'un homme politique togolais. Cette absence de lobby extérieur fait du combat de la classe politique togolaise une joute isolée, sans relais internationaux, sans caisse de résonnance, sans visibilité internationale. Lorsque Fabre a été frappé par un gendarme lors d'une manifestation, il aurait dû y avoir une multitude de réactions internationales, fustigeant une telle atteinte à l'immunité du parlementaire qu'il est, mais aussi de l'homme politique tout court. Mais nada. Pourquoi? Parce que chaque fois que la communauté internationale a reconnue la validité d'une élection au Togo, elle a été traitée de tous les noms d'oiseaux par nos politiques. Pourquoi est-ce que l'Union européenne, qui a pourtant été très dure contre le régime Eyadema puis le régime Faure en 2010, irait-elle faire preuve de compassion pour  notre opposition, si celle-ci la traite de valets de la FranceAfrique et liées par des intérêts économiques au Togo chaque fois que ses décision ne vont pas dans le sens de ses intérèts?

Allez, je vais filer. Pour finir sur le sujet de notre rapport à la communauté internationale, celle-ci ne peut se résumer à un seul rôle d'assistance à l'opposition pour la prise de pouvoir, car en réalité, chaque fois que la communauté internationale a pris des sanctions contre le régime RPT, notre opposition a applaudi, mais quand elle valide une élection où l'opposition n'est pas victorieuse, la même communauté devient subitement un valet du néocolonialisme.

Pour finir, je parlais en début du billet de l'atteinte par le Togo du point d'achèvement de l'initiative PPTE (pays pauvre très endettée). Il y quelque chose qui m'a toujours genée dans cette procédure. Dès que cette initiative a été annoncée, certains pays africains, y compris la cote d'Ivoire d'ailleurs (tiens), ont fait feu de tous bois pour être elligible. Donc, des pays qui a priori pouvaient s'en sortir, ont tout fait pour qu'on dise qu'ils sont pauvres, parce qu'à la clé, il y avait la suppression d'une partie de la dette. Je résume de façon simpliste la chose. On emprunte de l'argent, on traine un peu les pieds pour payer (même si individuellement on vit dans une oppulence que même notre créancier ne puit se permettre) puis, après, on va demander au créancier de considérer qu'on est très pauvre, qu'on ne peut plus honorer ses engagements, et que d'ailleurs le service de la dette grêve le développement du pays. Le créancier dit,

-ok, très bien, mais pour ce faire, il faut réduire les dépenses publiques, adopter la bonne gouvernance, intaurer la démocratie.

Alors, ne pouvant réduire son propre train de vie, on va rogner sur les subventions ( hausse du prix de carburant alors que certaines taxes pouvaient être supprimées sur la nomenclature des prix) hausse de certaines taxes à l'importation,  (COTEC: près de 3000 petits transitaires mis au chômage, baisse de 36% des immatriculations pour 16% environs de hausse des recettes, sans compter le départ de certains importateurs de véhicules d'occasion), maintien à une hausse importantes du coût des télécommunications (hausse relative des recettes), tout ceci contribuant à une paupérisation accentuée de la population, mais pour l'atteinte dans de brefs délais du fameux point d'achêvement de l'initiative PPTE. Ceci efface 1.8 milliard de dollars de l'ardoise, et ouvre une nouvelle ère. J'aurai pu faire preuve de mauvaise foi pour demander à quoi avaient servi ces prêts, ou alors observé que ceux qui avaient sollicités ces prêts étaient toujours au commandes. Mais je n'irai pas jusque là, car nous sommes sur un nouveau départ, n'est-ce pas. Les leçons ont été retenues, comme l'a si bien dit le grand frère Bawara sur les plateaux télé aujourd'hui. Le tableau a été effacé. Réjouissons-nous. Mais quand demain, ou dans un mois, dans une année, ce créancier a qui nous avons si prestement obéi pour l'effacement de notre ardoise et la mise des compteurs à zéro, nous demandera de lui rendre compte de la gestion de nos institutions et du respect de la démocratique, quel crédit aurons-nous pour lui opposer notre souveraineté pour ne pas nous plier. La souveraineté, c'est le respect de ses engagements, la capacité d'honorer ses dettes. Pourquoi diable n'avançons nous donc pas l'argument de souverainté quand il nous faut payer nos dettes, contactées en notre qualité de de notion souveraine (que personne n'oppose à cet argument la supposé vénalité de nos dirigeants, ils empruntent au nom de la nation), mais sommes plutôt prestes a dresser les barrières nationales lorsqu'il est question de rendre compte de la gestion de nos pays de la solidarité internationale qui nous maintien sous perfusion. Parfois, nos natioanaliste s'offusquent même à l'idée que les donateurs OSENT demander des comptes sur l'utilisation de leur dons (fruit du labeur de leur contribuable). 

Et pourtant, à l'échelle togolaise par exemple, un meilleur cadre des affaires, une assainissement de la justice, une politique d'ouverture envers la diaspora, une décentralisation concertée et volontariste  et une utilisation du tourisme et de la culture comme vecteurs économiques pourrait faire multiplier par deux le PIB du pays en quelques années, rapportant à l'Etat les récettes nécéssaires pour faire face à son service de la dette(voire auto financer ses élections), et revendiquer à ce moment là, en regardant la communauté internationale bien dans le blanc des yeux, notre souveraineté nationale le jour où elle tentera de s'ingérer dans nos affaires.

Allez, il faut que je file. Un nouveau livre à commencer.

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