L'avenir de l'Afrique joue là bàs, au pays de M. Gbagbo

Publié le par Gerry

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Ah, le peuple merveilleux, acorte et candide que j'ai connu, fréquenté, cotoyé et aimé durant six mois. J'étais casque bleu de l'ONICI 1 en côte d'ivoire, entre mars et octobre 2004. J'étais déployé sur la zone de confiance, j'étais parmi des hommes et des femmes que tout devrait pousser à l'affliction, au déserpoir et à la mélancolie, mais ce peuple de côte d'ivoire, ce peuple Gouro que j'ai bien connu, avait, avec cette bravade qui lui est caractéristique, réfusé de se laisser aller. Leur joie de vivre délirante contrastait avec notre mal-vivre à nous, Togolais qui avons pourtant presque tout pour être heureux. Sauf le pouvoir d'achat, peut être. Enfin, bref, l'histoire de notre continent est en train de se jouer devant nous, là , en Cote d'Ivoire.

Certains me diront que j'exagère un peu. Mais l'équation est bien simple: Depuis plus d'une décennie, on nous bassine les oreilles avec le droit d'ingérence. Kouchner a été le premier à employer cette expression, disant, comme je l'avais écouté lors d'une communication qu'il nous avait faite à Saint-cyr, que "le monde ne pouvait plus se permettre de regarder un dictateur massacrer sa population au nom du principe sacro-saint de souveraineté nationale". (attention, je cite Kouchner). Et la communauté internationale s'est engouffrée dans la brêche, en prenant bien soin de laisser derrière les grandes puissances, toutes les bonnes vieilles casseroles bien puantes que tout le monde sait bien feindre de ne pas voire. Qu'à cela ne tiennent, les relations internationale sont un rapport de fort à faible.

Cependant, ce qui se passe en côte d'ivoire se pose en une équation bien simple. Est-ce que la communauté internationale peut imposer sa volonté au président d'un pays qui a ouvertement décidé de la narguer? De la réponse à cette question, dépend le sort de la jeunesse africaine. Si la réponse est non (car les exemples du fiasco de la communauté internationale pour s'imposer sur le continent sont légion, je ne citerai que El-Béchir et Mugabé), c'est que c'est mort pour les futures générations africaines, car les futurs Gbagbo vont fleurir partout en Afrique, fort de l'effet jusispudence que la résistance du président ivoirien aurait produit. Adieu donc, jeunesse qui aspire à changer les choses dans vos pays. Il faudrait supporter vos présidents jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Si par contre la réponse est positive, ceci ouvrirait un horizon d'espoir et d'audace inespéré à toute cette jeunesse africaince, enfants de facebook, de twiter et de wikileaks, qui ne voit plus les barrières nationales, lingustiques et raciales telles que les voyaient les pères des indépendances. Ce serait l'affirmation d'un monde où tout est encore possible, à condition d'y croire et de travailler dur. La victoire de la communauté internationale sur le jusqu'auboutisme de Gbagbo serait celle de l'espérance contre l'extrémisme, de la liberté contre le fascisme. Je suis tenté de dire une victoire du bien contre le mal, mais je n'irai pas à un tel...extrémisme.

Tout va se jouer dans ce mois de décembre. Et nous avons la chance exceptionnelle de vivre cela, aux premières loges grâce à internet et aux médias.

Par contre, avant de fermer ce billet, je ne puis m'empêcher de me demander qui a bien pu avoir eu l'idée de donner à M Gbagbo le surnom d'animal politique. Celui qu'il l'a affublé de ce surnom plutôt flatteur ne l'a pas beaucoup aidé, car il faut croire que dans cette identification, il a fait le choix de s'appesantir lourdement sur la première partie de son surnom, (je n'ai pas pu m'emêcher, la formule était trop tentente). Car voici donc un fin stratège qui accumule, depuis la fin du vote du second tour, bourdes sur bourdes, au point d'amener tout le monde à prévoir dans les moindre détails ce qui allait se passer après l'expiration des trois jours, délais de rigueur pour la proclamation des résultats par la CEI.

Primo: Pourquoi faire rapatrier l'équipe de la RTI, alors que celle-ci était supposée rester sur place pour la proclammation définitive des résultats.

Secondo: Pourquoi, avant que les résultats ne sont pas encore donnés, commencer à instrumentaliser cette même RTI, abandonnant de fait le faire-play et la neutralité dont avait fait preuve cet organe pendant tout le scrutin.

 Tertio. Pourquoi en pas intervenir à temps, alors que la scène se passait en direct, pour arrêter les deux partisans qui manifestement tentaient d'interdire la proclamation des résultats provisoires. On voyait bien que les deux avaient leur portable en main au moment où ils s'interposaient.

 Quarto: Pourquoi diable ne pas condamner leur agissement dans l'immédiat (montrant ainsi une bien fausse bonne foi) quitte à récompenser les deux compères d'une autre manière.

Quinto: Pourqoi prendre des mésures exceptionnelles (fermeture des frontières et coupure d'émission des chaines internationale) alors que jusqu'à ce point, aucune réaction hostile n'avait encore été prononcée.

Et pour couronner le tout, pourquoi ne pas peser de son poids pour amener le conseil constitutionnel à faire semblant d'étudier réellement les recours, 22000 PV quand même, afin de donner l'impression que tout n'était pas cousu de fil blanc. Gbagbo aurait gardé le fait-play dont il avait fait preuve pendant le premier tour, il aurait condamné ses sbires qui ont jeté le discrédit sur l'Afrique entière, il aurait donné l'imression d'accepter les résultats de la CEI, et il aurait laissé le conseil constitutionnel faire un traivail de fond sur six jours, pour donner son verdict au septieme jour, meme en sa faveur, que la communauté internationale aurait été bien emmerdée, et lui il aurait eu beau jeu de dire qu'on ne peut tout de même pas lui demander de réjeter les conclusions du conseil constitutionnel de son pays. Il aurait eu des soutiens dans le monde, et peut être aujourd'hui, on s'acheminerait vers un enième gouvernement d'union. Mais en décidant de passer en force, par bravade et en ne prenant aucun gant, il a plus, comme je le disais plus tôt, agit en animal qu'en politique. Et la facture va être salée. Pas pour lui, malheureusement. Il est bien gardé et je pense qu'il est à l'abri du besoin. Mais plutôt pour le peuple merveilleux que j'ai décrit plus tôt, car maintenant plus que jamais, le pays est irrémidiablement partagé en deux, avec très peu de chances pour que les rebelles accordent encore la moindre confiance à un président qui a décidé de leur dénier leur ivoirité pour se maintenir au pouvoir. Qui oserait encore prétendre que la voie des urnes est le chemin royal pour retrouver la paix en Cote d'ivoire? La menace d'une possible reprise des hostilité est plus que jamais d'actualité, avec une inconnue de taille. Depuis 2002, ce sont les Français qui ont enraillé toutes les offensives des rebelles en direction d'Abidjan. Sarkozy va t-il, alors que Gbagbo déclarait aujourd'hui qu'il n'avait demandé à personne de gerer son pays, encore sauver la mise du premier producteur de cacao au monde?

Car toute l'inconnue se trouve là. Le monde est-il prêt à réduire sa consommation de chocolat, et tous les dérivés du cacao, pour les beaux yeux d'ADO, d'autant plus qu'avec la rapacité des Chinois, Gbagbo n'aura pas beaucoup du mal à trouver des débouchés pour ses matières premières. La réponse est cruciale, mais une seconde inconnue s'est invitée à l'équation. C'est le poids d'Obama. En s'invitant au débat et en reconnaissant la victoire de Ado, la situation du coup n'est plus semblable à celle qu'elle était en 2000, car les Américains n'ont pas les même types d'intérèts en Cote d'ivoire que les Français, qui en 2004 ont cedé au chantage de lynchage des Français résidents en cote d'ivoire et fait marche arrière. Obama, en reconnaissant la victoire du rival de Gbagbo, joue toute sa crédibilité, et celle de l'Amérique en Afrique.

La vérité est qu'il y a deux évidences. La première est que Gbagbo en 2000 s'est retrouvé dans une situation similaire, et est resté dix ans au pouvoir. La deuxième est que chaque fois que les Etats Unis ont eu quelqu'un dans leur colimateur sur le continent africain, ce dernier a rarement fait de longs os.

Tout se joue juste à coté, nous sommes aux premères loges, et tout notre avenir en dépend.

Puisse la miséricorde du Seigneur épargner les innocents de ce pays où coule le lait et le miel. Amen.

Publié dans Actualité africaine

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Memela 26/05/2011 14:22



"Le monde est-il prêt à réduire sa consommation de chocolat, et tous les dérivés du cacao, pour les beaux yeux d'ADO, d'autant plus qu'avec la rapacité des Chinois, Gbagbo n'aura pas beaucoup du
mal à trouver des débouchés pour ses matières premières"


A propos de cette question, non, le monde n'était pas prêt à réduire sa consommation de cacao, raison pour laquelle ADO avait préparé un stock de cacao a écouler pendant que les sanctions
pleuvaient sur la CI : http://www.canalplus.fr/c-infos-documentaires/pid3353-la-matinale.html?vid=448246&sc_cmpid=FBSharePlI


 



Noël 18/12/2010 12:17



http://mots-trottes-rues.blogspot.com/2010/12/gbagbo-sourd-du-cerveau.html


Gbagbo est dans la logique du suicide. Mais puisqu'il ne peut pas se donner la mort, il l'attend d'autres personnes. Ne pas avoir de vieux os, serait lui faire plaisir. Accomplir la besogne à sa
place.