Jean Pierre Fabre crée la surprise à la marche de ce 08 août 2010

Publié le par Gerry

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Le cortège, comme d’habitude, s’est ébranlé depuis le siège de l’UFC pour la plage, suivant l’itinéraire habituel. Les manifestants, une dizaine de milliers de personnes, on parcourus les artères de la ville de Lomé, certains arborant des pancartes où on pouvait lire ; la victoire du peuple est invincible. Au rythme de tambours, fanfares et autres chants traditionnels, la foule s’est retrouvée à 14 heures à la plage, où elle a, dans une ambiance bon enfant, écouté les diverses déclarations des leaders du FRAC.

Avant l’intervention de Jean-Pi, comme l’appellent affectueusement ses aficionados, aucun des autres chefs de files de la contestation n’avaient donné l’impression d’une inflexion du mouvement. Le Pr Guogué, de l’ADDI, a fustigé le cynisme avec lequel l’opposition était traitée dans ce pays. Patrick Lawson, de l’UFC, a longuement insisté sur le mépris avec lequel la communauté internationale, qui a pourtant investit des milliers de dollars pour l’établissement de l’Etat de droit, traitait les multiples violations des droit des l’homme au Togo. Quant à Agbéyomé, président de l’OBUTS dissoute, il a longuement harangué les manifestants, prédisant l’imminence de leur victoire. Puis ce fut le tour de Jean-Pierre Fable de prendre la parole.

Contrairement à ses habitudes, aujourd’hui il n’était pas habillé du traditionnel survêtement- pantalon et du t-shirt jaune, mais arborait plutôt un ensemble sport gris, avec un t-shirt jaune au dessous de la veste. Ses verres noirs avaient disparu, et, après avoir remercié la foule pour sa mobilisation, il leur a demandé de lui accorder leur attention, car il avait une déclaration importante à leur faire.

Le silence a été un peu difficile à obtenir. Quelqu’un à l’arrière a demandé :

-Allo, Faure démissionné é maaaa !

Le vacarme s’est de nouveau déclenché, mais comme Fabre restait imperturbable, le silence a fini par s’imposer de lui-même.

« Mes chers compatriotes, camarades de lutte, mesdames et messieurs, lorsque chaque samedi, je me retrouve sur ce podium, et que je vous regarde, je regarde les hommes, les femmes, les jeunes et vieux qui, malgré la misère écrasante et les menaces viennent soutenir notre combat, je me dis que rien que pour vos sacrifices, rien que pour votre engagement, nous ne devons pas vous trahir, nous ne devons pas vous tromper, nous ne devons pas flancher ni faiblir. Nous devons serrer nos rangs et aller de l’avant, car la marche du peuple est invincible. (Youyou des femmes dans le public)

Voici bientôt six mois que nous marchons. Ils avaient prédit que nous nous fatiguerons au bout d’un mois. Mais six mois plus tard, nous sommes toujours là, et nous ne faiblissons pas, et le nombre ne cesse de croitre. En vérité, je vous le dis, notre mobilisation ici les empêche de dormir. Nous sommes là là où ils ne nous attendaient pas, et nous continuerons à hanter leur sommeil, car comme je vous l’ai toujours dis, moi, Jean Pierre Fabre, on ne me vole pas. Vous me volez, je vais chercher mon bien, quelque soit l’endroit où vous l’avez caché. Je suis comme ça. (Acclamations dans le public)

Cette semaine a été l’une des plus pénibles de ma carrière politique, non pas parce que les ennemis de la démocratie nous ont empêche de rejoindre nos militants à l’intérieur du pays. Si c’est pour ça, voici vingt ans que ça dure, nous sommes habitués à présent. La semaine a été dure pour moi parce que je me suis livré à un exercice que nous tous, vous et moi ici présents, pratiquons quand nous avons des problèmes. Je me suis détaché de l’action, j’ai pris de la hauteur et tenté, par une sorte de dédoublement de personnalité, de regarder avec distance la situation qui est la nôtre. (la foule commence à murmurer. Manifestement, elle ne comprend pas)

La vérité, mes amis, c’est que lorsqu'unune personne extérieure regarde le Togo, notre pays aujourd’hui, ce qu’il voit fait pitié. Et c’est exactement ce que j’ai eu, en regardant notre pays, mon pays. Nous autres Togolais, nous faisons pitié. Et je vais le dire, nous, opposition togolaise, nous faisons pitié. Car nous voici, luttant contre un régime despotique qui maintient notre pays sous sa coupe depuis bientôt cinquante ans, mais incapables de nous entendre, de nous unir, de faire bloc contre notre seul ennemi qui est le RPT. L’UFC, le principal parti d’opposition, le seul capable de répondre aux attentes du peuple togolais, est aujourd’hui plongé dans une crise grotesque, qui ne fait pas honneur aux leaders que nous sommes.

Face aux procès d’intentions et autres accusations, nous pensions qu’un congrès extraordinaire, seul capable de jeter les ponts entre les différents protagoniste, allait enfin nous donner l’occasion de nous parler à cœur ouvert, de trouver des points d’entente, car il y en a toujours, de se ressaisir aussi, afin de poursuivre ce combat pour lequel des milliers de Togolais, ont sacrifié leur vie. Ne serait-ce que pour la mémoire de ces martyrs, nous nous devions d’organiser ce congrès et de trouver des points de convergence. Mais voila que se profile à l’horizon, l’organisation de non pas un congrès de l’UFC comme nous le désirons de tous nos cœurs, mais deux congrès. (Murmures dans la foule.)

Mes chers compatriotes, ce qui se joue ici, et se jouera dans les jours à venir, ce n’est pas la victoire de l’UCF aux élections présidentielles du 4 mars, ce n’est pas la victoire de Jean Pierre Fabre. Ce qui se joue, c’est la survie même de la nation togolaise, en tant qu’état démocratique et ouvert sur le progrès et le développement. Ce que nos ennemis veulent, c’est l’implosion pure et simple de l’UFC, l’anéantissement de l’opposition, et le retour aux temps du parti unique. Et ça, nous ne pouvons l’accepter.(acclamations dans la foule)

Militantes et militants du FRAC. J’ai gagné les élections du 04 mars. Tout le monde le sait. Mais il est des moments où, face à un péril plus important, il faut savoir faire des sacrifices. Et c’est pourquoi, je me présente aujourd’hui devant vous, pour vous demander de faire un saut patriotique.

Aujourd’hui nous sommes forts. Pour effectuer n’importe quelle reforme institutionnelle ou constitutionnelle, le RPT a besoin de nos voix au parlement. Nous n’avons peur de personne. Ils ne nous font pas peur avec leurs menaces, mais je suis là devant vous, pour vous demander de faire un saut patriotique.

Aujourd’hui, notre peuple souffre le martyr. Les hôpitaux sont dans un état calamiteux. Notre éducation, jadis objet de fierté, est aujourd’hui la pire de la sous-région, avec des résultats au BAC qui n’atteigne pas 40%. Le niveau de vie continue à dégringoler. La hausse récente des prix du carburant a complètement ôté les derniers espoirs d’une vie meilleure au peuple togolais. Ça aussi, nous ne pouvons l’ignorer, et je vous demande de faire un saut patriotique.

Mes chers compatriotes. Je vous ai entendu. Jours après jours, je vous ai reçu, j’ai lu vos lettres, vos email, j’ai discuté avec les uns et les autres sur notre stratégie, et j’ai aboutit à la conclusion qu’elle était la meilleure pour nous amener à la victoire. Mais cette victoire ne serait pas belle si nous laissons sur le chemin des camarades de luttes, de vieux compagnons de résistance. Il nous faut un saut patriotique.

Vous tous ici présents, vous savez le différents que le bureau national, et non moi, a avec Gilchrist Olympio, président national de l’UFC, suspendu de ses fonctions pour faute grave. Et aujourd'hui, moi, Jean pierre Fabre, je me présente devant vous pour vous demander de nous autoriser à tendre la main à Gilchrist Olympio. Voici le sursaut national que je vous demande de faire, mes chers compatriotes.

Vacarme indescriptible dans le public, mouvement parmi les leaders, mais JPF reste imperturbable, et le silence finit par se faire.

«  Vous tous ici présent, savez les relations particulières que j’ai avec Gilchrist Olympio. Il a été un parrain et un parent pour moi. Lorsqu’il a commencé à emprunter une voie contraire à notre engagement, en tant que parent, je lui ai donné mon avis, et nos chemins se sont séparés. Aujourd’hui encore, je crois qu’il a fait erreur en allant à ce gouvernement. Et vous savez pourquoi. Parce que toute démocratie a besoin d’une opposition ; indépendante, forte et solidaire, pour faire le contrepoids du régime en place. Mais il nous faut ce saut patriotique.

Car Gilchrist, quoi que nous lui ayons fait et quoi qu’il nous ait fait, reste un des nôtre, et il est de notre devoir d’employer tous les moyens pour retrouver notre unité. Il y aura un congrès de l’UFC. Il y en aura qu'un seul. Les leaders du parti ici présents y seront, j’y serai, le M Olympio aussi. C’est ce que ma conscience me dit de faire, de chercher à retrouver notre unité, notre force et nos convictions. Mais ne nous trompons pas. Nous n’irons jamais à un gouvernement RPT. S’ils étaient aussi certains d’avoir gagné les élections, pourquoi veulent-ils qu’on les aide à diriger ? »

-oho sé, dit quelqu’un dans la foule.

« Mes chers compatriotes, en accord avec les autres leaders du FRAC, j’ai décidé de renoncer à la quête de ma victoire. (Exclamations dans la foule) Non. Non, cela ne veut pas dire que je n’ai pas gagné les élections, tout le monde sait que c’est moi le vainqueur, mais je crois que la souffrance du peuple togolais nous ordonne à taire nos désirs légitimes, pour se pencher sur sa résurrection. Nous continuerons donc à manifester tous les week-ends, mais pour les besoins primaires du peuple togolais. Chaque samedi, nous vous communiquerons les thèmes des marches. Nous manifesterons pour contre la vie chère, contre la déliquescence des services de santé, contre COTEC, au port, qui a réduit à néant l’emploi des transitaires, nous manifesterons contre la chute du niveau scolaire, nous manifesterons contre la corruptions, contre le népotisme, le clientélisme, nous manifesterons pour tous ceux qui croupissent dans nos prisons sans jugement, et si Gilchrist Olympio réfuse de prendre notre main tendue, nous manifesterons aussi pour dénoncer son retournement de veste.

Notre pays est au coma. Allons, peuple togolais, manifestons tous les samedis pour entretenir son souffle tenu. Vive le FRAC, vive le TOGO.

Je vous remercie. »

Il se passe alors une chose incroyable. Le silence s’abat sur dix mille personnes. Puis, une, deux, trois personnes se mettent à applaudir. L’acclamation se propage comme une trainée de poudre. Les leaders sous l’apatham se lèvent, et un par un, viennent féliciter Fabre. Et c’est ainsi que finit la vingtième marche du 8 août 2010 du FRAC[1]



[1] Cet passage est extrait du livre d’un auteur inconnu, et intitulé : FRAC, nos victoires perdues, et qui n’a jamais été édité, car jamais écrit.

Publié dans Info togolaises

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