Il n'y a pas que les immigrés, monsieur.

Publié le par Gerry

http://noravr.blog.lemonde.fr/files/2007/09/lami-sdf.1190520975.jpgUltimes réflexions, avant de regagner le Togo.
En France, enfin, pour nous autres de l'extérieur, on a plutôt l'impression que quand on prononce le nom de ce pays, l'écho répond:
- Immigrés.
Et immigré revoie, hélas, au black et au beur.
Pendant ces cinq derniers jours où j'ai un peu vadrouillé à travers la France, j'ai rencontré l'homme, parfois dans la vieille campagne, et il n'était ni black, ni beur. L'homme, tout simplement, avec sa grandeur d'âmes et ses errements, sa générosité et sa solidarité, son racisme et son égoïsme. L'homme, dans sa nudité.
Toulouse, lundi dernier. J'ai rendez-vous chez un partenaire, quelque part dans la zone sud. J'ai un plan, assez vague. A la station du bus, on me dit où descendre, mais ensuite, impossible de retrouver la rue. Il fait - 7°. Je me renseigne, chez les gens que je rencontre. En règle générale, les gens s'arrêtent pour m'écouter, puis m'indiquent vaguement une direction. Je me rends souvent compte, à la seconde rue, que l'itinéraire qu'on m'a donné est fantaisiste. Ils ont voulu aider, ou se débarasser. Je tombe finalement sur un vieil homme, sur son vélo. Je l'accoste. Il a cet accent chantant du sud, mélange de mistral et de pastis. L'homme comprend que je suis vraiment perdu. Il descend de son vélo, et fait trois cent mètres avec moi, pour m'indiquer l'itinéraire qui me mènera à destination. Merci à toi, inconnu à l'accent du terroir.
J'arrive chez le partenaire, ne manque pas d'expliquer ma galère avant de parvenir chez eux. Je prends des échantillons de marchandises, qui m'alourdissent. Je repars. Ils ne manquent pas de me préciser qu'il me faudra faire un ou deux kilomètres pour trouver le prochain arrêt de bus. Je suis chargé comme un âne.
Je me dis qu'à Lomé, j'aurai spontanément proposé de "me" déposer. Je marche en serrant les dents. C'est le propre de cette civilisation. Il faut compter sur soi.
Cinq cent mètres, une voiture s'arrête. Je crois rêver. Le monsieur, visage burinée, moustache poivre en brosse, aucun accent particulier, me demande s'il peut m'avancer. Et comment!
Merci à toi, Dominique, pour ton regard d'homme. Merci pour ta curiosité, ton élan vers autrui, et cette faculté d'écoute si rare de nos jours. J'ai été déposé devant une bouche de métro, qui m'a permis de réjoindre le plus facilement la gare de la SNCF.
Mercredi. Dans le train, quelque part dans Paris. C'est le matin, il y a du monde. Je suis assis sur la banquette, la place à coté est vide. Il y'a un monsieur, la cinquantaine, qui est debout. Il la regarde le siège vide d'un coté de l'oeil, mais se réfuse à la prendre. Une station plus loin, un jeune libère une place sur une autre rangée, il s'y précipite avec un ouf de soulagement. L'homme est partout. Et pas que black et beur.
J'arrive à destination. Je sors du train. A la sortie du métro, je remarque qu'un porte d'accès a laché. L'aimant ne referme plus automatiquement. C'est la ruée. De vieilles dames, des messieurs, parfois distinguées, ne manquent pas de profiter de l'aubaine. Parmi eux, il y a des blacks, des beurs, tout le monde y passe. C'est l'homme, dans ce qu'il y a de faible et d'opportuniste, qui s'exprime.
Hier, j'ai croisé un monsieur, tout ce qu'il y a de Français, à l'aéroport. Il m'a regardé, avec l'air de dire:
- Ah, heureusement qu'il y en a qui partent. (j'exagère, certainement)
Sur le coup, j'ai eu envie de lui dire.
- Monsieur, dans votre pays, il n'y a pas que les immigrés à poser problème. Il y' a l'homme. Et cet homme, comme les cons, est malheureusement la chose la mieux partagée par les nations.

Publié dans Inspirations

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kinzy 04/03/2010 11:47


Magnifiquement retranscrit , c'est l'homme dans toute sa splendeur
Bravo Gerry.


Hassan ALI 20/02/2010 01:54


trop beaù .. parfaite description plein d'image .. c'est bien  bon week end