Guinée, la victoire du droit d'ingérance

Publié le par Gerry

kouchner2001. J'étais en deuxième année (enfin, je crois) à saint-cyr, et nous avons reçu Kouchner pour un des inombrables amphis où se forge cet esprit franchouillard qui se retrouve transversalement chez tous les militaires français. L'homme n'est pas très grand, (par rapport à moi), mais dégage un tel magnétisme, et une telle force de persuassion, qu'à la sortie de l'amphi, il m'avait, je ne dirai pas conquis, mais convaincu. Il nous avait parlé du droit, voire même du devoir d'ingérance. Il soutenait qu'aujourd'hui on ne pouvait pas laisser n'importe quel petit dictateur massacrer tranquillement sa propre population, sous le motif de souveraineté nationale. Autant la communauté internationale a le devoir d'assister les victimes d'une catastrophe naturelle dans un pays souverain (ou des miséreux, c'est selon), autant cette même communauté se doit d'intervenir pour arrêter les criminels. Ce développement m'avait paru juste. L'ingérance ne doit pas se faire dans un seul sens. On ne peut pas demander à la communauté internationale de construire entièrement nos pays, et se plaindre d'ingérance quand ils nous disent comme mener notre politique. Il nous faut nous affranchir de l'assistance.
Avec la mise à la touche de Dadis Camara, j'ai eu l'impression que Kouchner, réjoint par une nouvelle politique américaine plus volontariste, et interventionniste, (meme si leur action est souvent discrète) n'a fait qu'appliquer ce qu'il professe depuis de nombreuses années. Et ça marche, apparemment.
De toutes les façons, les événements de ces dernières années sur le continent africain (Togo, Niger, Madagascar, Mozambique, Kenya) montrent à loisir que nos chefs d'Etat n'ont plus guère le choix. S'ils veulent avoir une respectabilité sur le plan international, profiter de l'aide au dévéloppement, voyager comme ils le veulent, être fréquentables, bref, jouir des avantages d'un Président de la République, ils doivent faire preuve d'une certaine maturité politique dans des domaines aussi précieux que la bonne gouvernance, l'état de droit et le respect des droits de l'homme.
Tout le monde le sait, sauf chez nous ici. Le régime actuel fait des efforts dans ce domaine. Peut être pas forcément pour nos sacrées bonnes gueule à nous, gueux du pays, mais pour bien paraitre, forcément. Si les autres en face le prenaient au mot, et allaient dans ce sens, en lui mettant bien entendu des batons dans les roues (c'est ça la politique), Dieu!, ce que nous aurions avancé depuis au moins cinq ans. Au lieu de ça, au lieu de se preter au jeu parlementaire en soumettant des propositions de lois, en faisant changer les petites choses, comme se service d'urgence de l'hopital de Tokoin qui est une insulte à l'intelligence humaine, ils pataugent dans une paranoïa subliminale.
- Nous ne pouvons rien faire parce que nous ne sommes pas au pouvoir. Quand nous y serons, vous verrez le changement.
Tout comme si à leur arrivée, on va infuser au Togo une nouvelle espèce de Togolais, entièrement "brand new". La corruption a elle seule mettra une décénie pour se résorber de façon subsentielle, quelque soient les mesures draconniènes prise à son endroit. Cette pratique est aujourd'hui trop enracinée dans nos mentalités.
Le noeud gordien n'est pas l'alternance, mais la possibilité (par le jeu de l'égalité des chances) de la réaliser.
Allez, je file au lit moi. Il est trois heures du matin.

Publié dans Actualité africaine

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