Entretien avec un futur Uniriste

Publié le par Gerry

Ce matin, dans le cadre de notre opération "Pouvoir d'accord, Togo d'abord", nous avons un rendez-vous avec le secrétaire général du parti. Les abords immédiat de l'immeuble sont encombrés de monde, en majorité des jeunes. A l'intérieur, c'est le même spectacle, de jeunes un peu partout, qu'on fait entrer à l'intérieur par grappes entières. 
L'entretien sera cordi

al et courtois, avec un monsieur plutôt accorte et plein d'élan. 
A la sortie, alors que je venais de me séparer de mes camarades et que je quittais les lieux, quelqu'un m'a hélé, avec l'inévitable "président" auquel je ne m'habitue pas encore. 
Je n'ai pas connu le jeune homme jusqu'à ce qu'il se présente. Il est de Pya, du même village que ma mère, mais ne me connait que par la télé. Il a fini ses études, me dit-il, et vient tenter sa chance ici, me dit-il d'un air sérieux. 
Je lui demande s'il sait que je suis président d'un parti de l'opposition. Il opine, me dit même qu'il est très fier chaque fois qu'il m'entend à la radio ou me lit dans la presse.
Je lui demande alors pourquoi il ne nous rejoint pas. 
Il baisse les yeux, un peu gêné, et finit par me dire, en Kabyè.
- Président, vous, vous venez de commencer, on vous soutient, mais ici, si Dieu le veut, on va trouver quelque chose à faire. ou bien, lors de la campagne, nous au moins on va gagner quelque chose aussi pour mettre dans la poche.
Je lui demande alors s'il sait que ceux qu'il s’apprête à soutenir sont à l'origine du chômage, et de la misère dans ce pays.
Il baisse toujours les yeux, et me fait la réponse suivante:
-Oui, président, on sait tout ça, mais pour le moment, c'est eux qui peuvent nous trouver à faire. Vous, vous avez l'avenir. On sait que vous serez un grand dans ce pays. Pour le moment, nous on meurt de faim et il faut vivre.
Les mots se bousculent dans ma bouche. J'ai envie de lui dire qu'il se trompe, qu'il ne trouvera pas à faire ici, car la fonction publique ne recrute plus, que le temps où on envoyait des gens à togotélécom, le port ou togocell pour embaucher pour cause de militantisme est passé, car ces structures ont atteint leur capacité. J'ai envie de lui dire qu'à l'instant T, en tant que jeune entrepreneur, j'ai plus de chance de lui trouver à faire que le gouvernement. Mais je me retrouve devant un mur. il a faim, et dans l'immédiat, je ne peux rien pour lui.
Les futures élections vont se jouer sur cette ligne verte. D'un coté, les jeunes qui viennent d'entrer sur le marché du travail et qui sont prêts à tout pour se réaliser, et qui goberont toutes les promesses, et les moins jeunes qui ont déjà tâté de ce système depuis une dizaine d'années, et qui ont toujours été jetés aux orties au lendemains des élections. La ligne verte est là, mais elle est tenue, et souvent difficile à identifier. Mais c'est à dessein que je la fais verte, car elle est sur le terrain, dans l'herbe grasse de nos champs. Et suivant que nous saurons parler à ces jeunes de 20 ans qui veulent se réaliser, et qui ne se contenteront pas de récriminations, mais peut être d'espérance, ces jeunes qui demain auront des motos et vélos pour battre campagne, nous mériterons de siéger à l'assemblée nationale ou non. 
Que Dieu bénisse le Togo.

Publié dans Info togolaises

Commenter cet article