Émeutes à Lomé, ce que je crois.

Publié le par Gerry

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Ce que je crois, c'est que nous vivons désormais sur un baril de poudre, qui peut exploser à n'importe quel moment.

Je le dis d'autant plus que j'ai, par un coup de hasard, assisté à la naissance du mouvement de contestation mardi dernier, à Agoè.

J'allais en ville (j'habite plantation, "rive" droite) quand j'ai été ralenti un peu avant le commissariat, par une vingtaine de jeunes qui se massaient dans la rue. Quelques véhicules ont passé, et la circulation s'est ralentie, puis complètement stoppée. Bien entendu, j'ai, avec la 4x4, franchi le terre plein central et tenté de passer par la seconde voie. Ils ont intervenu, me demandant de m'arrêter et de faire comme les autres. Comme je ne voulais pas m'embrouiller dans des problèmes, j'ai fait marche arrière et je suis revenu chez moi. Deux heures plus tard, tout Lomé s'embrasait, avec pour foyer Agoè.

Bien entendu, la matinée, à moto, j'ai fait presque un travail de reporter, sans appareil photo, pour tater du terrain et en avoir une idée.

Mon idée est que le mouvement a été spontané, sans aucune orchestration. Ce qui est nouveau depuis une dizaine d'année. A force de vouloir affaiblir les syndicat, la base a pris le pouvoir, et agit sans ordre, car sans leader, et bonjour les effets de foule, comme les bus de la poste et de l'UL ont eu à le subir.

Mon idée est que les taximens et zémidjans n'étaient pas les seuls dans les rues. L'espèce de raz le bol s'est emparé de toutes les couches sociales. J'ai trouvé des jeunes élèves dans la rue, et même des fonctionnaires.

Mon idée est qu'il faut en trembler, car des quartiers périphériques comme Agoè et Adidogomé, quartiers réputés favorables au parti au pouvoir, se sont embrasés très facilement. 

Mon idée est que la décision de repercuter la hausse des prix de carburant sur les tarifs de transport va peut être faire rentrer les taximens dans leur véhicule, mais le mal reste. La périphérie a goutté à l'odeur du lacrymogène.

Et ce gaz est un peu comme la nicotine. Une fois qu'on en a testé le goût, on s'en passe difficilement.

La poudrière est là.

Cependant, au delà des émeutes, c'est l'espèce de cynisme dont fait preuve nos dirigeants qui m'afflige. Déja, la semaine dernière, j'avais poussé un coup de gueule parce que sur le site officiel du togo, un article se félicitait du fait que les inondations créent des emplois, sous le prétexte que les pousse-pousses avaient plus de clients que d'habitude. Nous avions trois morts sous les bras, pour cause de ces inondations. J'enrageais.

De même, le fait qu'on augmente le prix du carburant (ils avaient fait exactement la même chose l'an dernier) juste au moment où des milliers de Loméens sont sans abris du fait des inondations me parait insuportable. C'est un peu comme tirer sur une caravane en flamme. Je ne sais vraiment pas si cette augmentation était inévitable (je sais par contre que ma vie va devenir plus difficile) par contre, ne pas temporiser pour le faire au moment où le sinistre est dernière nous est un manque d'humanisme dont aucun gouvernant ne devrait avoir à faire usage.

Allez, puisse Dieu nous aider à nous protèger les uns les autres. Nous aimer aussi, les uns les autres et un peu plus souvent. ça ne mange pas du pain mais du diable si le Togo n'en avancera pas plus..

Publié dans Coups de gueule

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