Carnets de retour au pays natal

Publié le par Gerry

Voila plus d’un mois que l’association Actions et Territoires( que je dirige) a prévu une tournée dans la région de la Kara pour des communications sur le thème : Auto-emploi, entre perspectives et réalités.  La ville de Kara est déjà coutumière des actions de l’association : une formation sur les blogs, une autre sur la sécurité informatique, et une dernière sur les réseaux sociaux. Cette fois, l’association a tenu à monter un peu en gamme : emmener des chefs d’entreprise vers les jeunes, pour un partage d’expérience, de vécu et de rêve, aussi.

Initialement, je devrais être accompagné de 3 personnes ayant une certaine expérience dans le domaine de l’entreprenariat, finalement, il ne m’en restera qu’un seul (les autres ayant été empêchés au dernier moment). Mais Flavien Ottou a de l’allant, de la volonté et de la disponibilité, on sera donc deux pour quatre.

 

Kara, les TICs plus prisés que l’auto-emploi.

  Parti de Lomé vers 8h, le véhicule me crée encore des soucis à hauteur de Notsé. Compresseur grillé, et fumées envahissant l’habitacle. Mais cette fois-ci, pas de court-circuit. Il faudra se passer de la climatisation, et tenter de rallier Kara avec trois bougies hors de course pour être à l’heure. Je serai obligé de refaire le plein à Sokodé, mais à 15h30, Kara nous tend les bras.

La formation a lieu au cyber-café des sœurs de la providence. Nous avons simplement réservé tous les postes, et nous payerons donc le coût des connexions. Comme il fallait s’inscrire pour suivre la formation, la salle est comble, mais rien de déborde. Le bureau d’ACT-Kara a bien travaillé. La formation sur les « blogs, mode d’emploi », se déroule dans la convivialité. Le seul bémol est la connexion internet. Elle est quasi inexistante. Il parait que depuis une semaine, Togo-telecom a un souci dans la région. Je me connecte en wifi sur mon Galaxy Android pour faire passer le cours. Heureusement que l’abonnement Internet Mobile de Togocel fonctionne plutôt bien. Nous mettons un terme à la seance à 18h. Ils ont compris, et sont plutôt comblés.

 

  Une heure plus tard, à 19 heures, nous sommes à la salle de réunion des affaires sociales. Cette fois-ci, c’est le grand jeu. Je m’attendais à avoir de l’affluence, mais la salle est à moitié vide. Je suis un peu surpris, mais les jeunes qui sont là paraissent motivés. Avec Flavien, nous déroulons la séance. Parlant de mon expérience et de mon vécu, j’espère insuffler une nouvelle dynamique aux jeunes. Dans le groupe, une seule femme.

Un moment, j’ai une inspiration et je demande à l’ensemble, ce que chacun ferait s’il recevait un million de francs cfa d’un promoteur. Je réalise tout de suite qu’il y a un problème. Personne n’a jamais vraiment pensé à cette éventualité, pourtant, tout le monde se plains du manque de moyens pour monter son, affaire. Finalement, quelques  réponses fusent. Commerce, commerce, et commerce.  Une seule personne propose la fourniture de services. L’ANPGF, qui m’a demandé de faire un petit sondage, ne sera pas content.  L’agence ne finance pas le commerce.

 

Niamtougou, la claque

 

Nuit passée dans les nouvelles chambres de l’évêché. Elles sont petites quand même, les chambres, mais bon, dormir dans une maison du Seigneur reste une bénédiction.  La communication sur le même thème a lieu à Niamtougou. Parce que le distributeur de la BTCI est en panne, j’ai toutes les peines du monde à faire face aux dépenses générées par la panne de voiture. Heureusement que le relationnel est là.

9h15, Niamtougou, salle polyvalente au centre ville. Il y a à peine une dizaine de personnes. Qu’à cela ne tienne, même avec deux personnes, nous passerons la communication. Surtout qu’une présence m’honore particulièrement : celle de M Ragouena, père d’un ami, et grand acteur du développement de Niamtougou. Nous aurons même le passage du secrétaire général de la préfecture, envoyé par le préfet pour prendre contact et voir ce que nous faisons. Je trouve ça correct.

Finalement, en tout et pour tout, 18 personnes originaires de Niamtougou suivront la communication. Mais ils semblent emballés, et c’est l’essentiel. A ma question de savoir ce qu’ils feront d’un million de FCFA pour monter une affaire, c’est la même typologie de réponses, le commerce. Acheter des articles pour vendre ailleurs.

A 12h 25, c’est fini, et il faut retourner à Kara achever la réparation de la voiture, tout en espérant qu’une banque soit ouverte.

 

Siou : On peut être prophète chez soi.

Ici, ce sont les miens Le spectacle que je découvre en me garant dans la cour de l’hotel ENA me coupe le souffle. La place est noire de monde. On y trouve de tout, des jeunes, certains sont même en complet kaki, et des moins jeunes. Plusieurs centaines de personnes. Je suis ému. Après tous ces déboires, cette mobilisation est un baume au cœur.  Donc j’y vais carrément, d’autant plus que je me revois, dans le regard de ces gamins, il y a une vingtaine d’années : j’avais la même candeur et la même curiosité. Je croyais que monter dans une voiture « personnelle » était déjà un délice exquis, en posséder dépassait l’imagination.

 

Les jeunes sont alertes et réceptifs, et moi, je déroule ma communication avec la plus grande des aisances, car pouvant mélanger le français  au nawdun particulier de Siou. Flavien Ottou intervient par moment, mais ici, c’est mon jeu. Ce sont les miens.

A l’éternelle question de savoir l’usage qu’ils feraient d’un million, j’ai la même réponse. Le commerce. Mais je suis habitué. Et je n’ose pas parler de services dans un tel village, où le taux de pauvreté doit titiller les 95% de la population.

La séance est levée vers 19h, à ma plus grande satisfaction. Il y avait beaucoup de filles, qui ont posés un tas de questions. Voila, je suis fier de mon village.

La nuit, j’irai fêter ça avec des vieux copains du cru, qui font dix ans plus âgés que moi. La misère, quand tu nous tiens.

 

Dimanche 30 octobre, retour à mes premiers amours.

Technologies (gps) et agriculture. Les projets sont dans ma tête.

En 1996, après avoir abandonné l’université, fait le tour de toutes les fermes du Togo et obtenu un diplôme au centre Songhaï au Benin, j’étais revenu au village avec la ferme intention de m’y installer, si jamais j’obtenais le financement que j’avais sollicité pour monter ma ferme. Je ne l’obtins jamais, mais j’avais déjà repéré un endroit.

Ce dimanche, après un sommeil réparateur, j’ai retrouvé mes vieux amours : la ferme. L’odeur de la terre qui monte, entêtante, les paysages sauvages, les animaux domestiques, et la simplicité de la vie des paysans. Du coup, le projet de création de ferme agropastoral, doublé d’un gite rural me trottine dans la tête. En voiture, j’échafaude les contours du projet, je prends les coordonnées avec mon Gps, à l’arrêt, j’esquisse les plans. Il faut pouvoir financer ça. Un projet qui emploiera environ 200 personnes, en 5 ans. Il faut juste trouver le financement..

Dimanche soir, de retour des champs, don d’un brouilleur téléphonique à la paroisse de Siou. Personnellement, je déteste les téléphones qui sonnent à l’église. Donc, j’ai offert ce bidule au père qui en est content. Je crois que les paroissiens aussi. Je m’en rends compte avec plaisir à la messe de Toussaint mardi matin.

 

Lundi. Sioutoyen

Ce lundi, je passe la journée à faire des contacts administratifs, pour accompagner les jeunes du village à résoudre certains soucis propres au village, et qui n’ont pas leur place sur mon blog. La soirée s’achève à Kara, avec l’équipe d’actions et territoires Kara pour les projets à venir.

 

Ce qu’il faut retenir.

Une seule leçon est à mon sens importante à l’issue de cette tournée. C’est que la problématique de l’auto-emploi est encore embryonnaire dans la mentalité de notre jeunesse. Le système éducatif, qui met l’accent sur l’assimilation, et non sur la créativité et l’esprit critique, associé à une pratique sociale qui célèbre la prééminence de l’ainé sur le plus jeune, sont à mon sens les premiers moteurs de cet état de fait. Il faut voir tous ces jeunes se confondant presque au sol pour me saluer. L’esprit d’entreprise est très étranger à presque tous les jeunes, qui s’attendent plutôt à trouver du travail quelque part, dans le privé comme dans le public.

D’où la conclusion que je développe depuis un an dans mes débats : l’important n’est pas de trouver des fonds à octroyer à des jeunes  pour la création d’entreprise, il faut plutôt accompagner les entrepreneurs déjà actifs à accroitre leur activité et être en mesure de recruter plus de personnel. Si vous n’avez pas la culture de l’entreprise (à ce stade, je parle de prédisposition) tous les financements du monde entier ne vous serviront à rien. Enfin, ils vous serviront sans doute à prendre une seconde femme, à avoir un joli bureau ou une belle voiture, mais vous ne créerai aucune richesse, car n’est pas entrepreneur qui veut.

S’il fallait ajouter une seconde leçon, c’est que ceux qui n’ont jamais crée d’entreprises dans notre pays ne devraient pas être autorisés à traiter seuls de la problématique de l’auto-emploi avec les jeunes. On vous dira sans doute qu’ils ont fait de grandes études pour cela, mais être chef d’entreprise au Togo est une science unique. Elle ne s’apprend dans aucune école. Et si elle devrait être enseignée, seuls les chefs d’entreprises togolais sont autorisés à la transmettre. C’est une école de la vie. Et elle est dure, rude, sans pitié, et passionnante. Heureusement, autrement, je n’y serai pas depuis trois ans.

Dieu bénisse le Togo, et les brouilleurs dans les églises.

Publié dans Info togolaises

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SWTOR Credits 21/12/2011 08:29


Grace à votre élève, je vois votre sourire. Demain, Bonjour!

mannes 14/11/2011 16:35



pourquoi veux tu faire ça