ça fleure bon le jasmin

Publié le par Gerry

http://www.ledevoir.com/images_galerie/83687_72447/la-place-tahrir-est-devenue-une-place-forte-de-la-contestation-du-pouvoir.jpgBen Ali et Moubarack doivent, depuis leur exil doré, maudire superbement le zèle des policiers tunisiens. En effet, si l'un d'eux n'avait pas saisi la roulotte du jeune Tunisien Mohamed Bouazizi, 26 ans, diplômé chômeur, qui s'est ensuite immolé par le feu, déclenchant un soulèvement social sans précédent dans le pays, nos deux dictateurs seraient en ce moment bien assis tranquillement dans leur démocratures, adoubés par une communauté internationale peu moralisante pour ces pays. La revolution tunisienne a non seulement balayé un régime qui semblait être confortablement installé pour durer, mais est en passe de devenir un ouragan emportant sur son passage tous les dictateurs du maghreb et du moyen orient. (Egypte, Yemen? Algérie? Bahrein?)

Du coup, la tentation de faire un rapprochement avec la situation en Afrique subsaharienne est grande. Depuis une semaine, il n'est plus que question de Revolution partout. Les opposants Sénégalais font planer le spectre de la révolution pour dissuader Wade à faire modifier la constitution. Soro Guillaume, dans sa dernière sortie, a clairement pris l'option de la révolution pour chasser Gbagbo du pouvoir, releguant la médiation de la communauté internationale au second plan. Comme on pouvait s'y attendre (le contraire eut surpis), le FRAC, ou l'ANC, s'est rapidement saisi de l'affaire, et il n'est plus question que de "Faure, dégage", lors des marches, lointain écho des "Moubarak, dégage" lancés par les déscendants des pharaons (mon ami Primus Guenou va gueuler)

Du coup, il parait interressant de s'amuser à transposer la situation socio-politique des deux pays à ce qui prévaut actuellement chez nous. (je me limite au Togo). Et donc poser, comme problématique: La revolution du jasmin aura-t-elle des conséquences directes sur la vie socio-politique des Togolais?

'On me dit que j'écris trop, donc je vais essayer de faire bref) : A cette question, je réponds non. Pour trois raisons.

La première est que le Togo a déja connu sa révolution (90-91) et qu'il est rare qu'une génération fasse deux révolutions. Aujourd'hui, et il faut être à Lomé pour mieux le constater, chaque fois qu'on commence à parler de grève, tout le monde fait le réflexion suivante: on a essayé ça, ça n'a rien donné. Inutile de l'envisager. C'est le marqueur sociologique.

La seconde est qu'en termes de libertés, les Togolais sont sans doute mieux lotis que les Tunisiens ou les Egyptiens qui ne jouissaient presque d'aucune liberté fondamentale. Pour faire un schema, ces pays vivaient dans une situation similaire à celle du Togo à la veille de 90. Aujourd'hui, dans notre pays, les quelques libertés concédées ça et là sont autant de soupapes permettant à la chudière de continuer à fonctionner. C'est le marqueur politique.

Le troisième marqueur est d'ordre technologique. Les réseaux sociaux ont joué un rôle de premier plan dans la mobilisation des jeunes au Maghreb. Aussi invraissemblable que cela paraisse, c'est l'appetit pour les TIC de Ben Ali (la Tunisie était la vitrine de la haute technologie en Afrique) qui a causé en partie sa perte. Le Togo, avec ses 5% de taux de pénétration d'internet, est encore très loin du compte.

Pour ces trois raisons donc, marqueurs sociologique, politique, et technologiques, je ne crois pas que le mot d'ordre "Faure dégage" aura la même repercussion que " Moubarack dégage" en Egypte.

Mais pour autant, cela ne voudrait pas dire que l'avenir se présente comme une mer étale, car en réalité, la marmite bouillonne. J'étais à Lomé lors des manifestations spontannées ayant suivi la hausse des prix du carburant, et comme je l'avais dit à l'époque, le foyer des secousses n'était plus les quartiers populaires, habitués à la contestation politique, mais les régions périphériques, favorables au régime. Avec un taux de croissance démographique de 2,7%, contre 3,2% pour la croissance du PIB, un taux de chômage dépassant les 50% (difficile d'avoir les chiffres) et une population jeune (15-29 ans) avoisinnant les 60% de population, les conditions sont forcément réunies pour une revolution. Nul ne sait quand ça commencera, nul ne sait où et par qui, mais son déclenchement est inévitable...dans les conditions actuelles. Elle peut être évitée (mais le temps presse) par un ensemble de mesures hardies et courageuses, pour créer la richesse et l'emploi (incitation des investissements extérieurs, bonne gouvernance, renforcement des institutions, promotion du tourisme et de la culture, décentralisation (des milliers d'emplois crées), la liste est longue). Mais le temps presse, la manace est là, palpable.

Deux certitudes cependant: La première est que l'effet déclencheur n'aura rien à voir avec notre opposition. L'opposition togolaise est trop coupée de la population, et c'en est criminel. La seconde est que quand ça va commencer, ça va être sale et proprement incontrôlable. D'où l'obligation de tout faire pour l'éviter, au nom du Togo, et des Togolais.

Le jasmin, j'aime son parfun quand il envahit mes narines, et non autrement.

Publié dans Actualité africaine

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