La peur insensée

Publié le par Gerry

Depuis quelques années, (ça peut même remonter aux années 90), le Togo connait un renouveau politique caractérisé par l'omniprésence des libertés publiques. Certes, nous faisons parfois des bonds en arrière, mais la progression de la démocratie et des libertés publiques est indéniable. A ce titre, la signature de l'accord politique globale, la dépénalisation du délit de presse ( nous sommes l'un des rares pays de la sous région à l'avoir signé), et la politique d'ouverture pronée en début de mandat par le président Faure sont autant d'ingrédients qui ont renforcé le climat d'apaisement.
Mais curieusement, nombreux sont les Togolais qui continuent à parler de climat de terreur, de dictature, quand il s'agit de leur pays. Lorsque la vie chère "battait son plein" et que dans d'autres pays, les gens affamés manifestaient dans la rue, nous ici, au Togo, nous étions là à nous mordre les lèvres, en poussant des hum! pathétiques. Le gouvernement, insidieusement négociait avec les syndicats et les organisations de la société civile quid'ailleurs, n'ont à aucun moment montré leur capacité à mobiliser leur base. Et quand les étrangers nous demandent:
- mais pourquoi vous les togolais vous ne manifestez jamais?
La réponse indiniable est:
- Nous avons peur.
Mais peur de qui? Les militaires sont retournés dans les casernes, le forces de premières et seconde catégories, bien formées, sont aujourd'hui en mesure de faire du vrai maintien d'ordre.
La vérité est que notre débat publique est aujourd'hui confisqué par les partis politiques, et, il est malheureux de le dire, par l'UFC qui semble-il prend un certain plaisir à encaisser des raclées de la part de son éternel rival.
La marche des femmes de l'UFC est une autre preuve de l'inconséquence des responsables. Un décret ministériel interdit les manifestations politiques sur la voie publique en semaine. Dans l'absolu, ce décret est anticonstitionnel, puisque la liberté de manifestation est un droit consacré. Mais l'UFC est au parlement, et il existe plusieurs voies de recours pour demander l'abrogation du decret, (la saisine de la cour constitutionnelle en dernier recours).
Et si les voies instutionnelles et légales viennent à s'épuiser, organiser dans ce cas des marches les week-end pour obliger le gouvernement à abroger le decret. C'est ce qui se ferait dans un pays démocratique.
Au lieu de cela, on fait sortir les femmes un vendredi, en violation d'un decret du ministre de la sécurité, qui a vocation à interdire une marche. Puis on va crier sur tous les toîts que le régime en place est une dictature. C'est à croire que lorsque le gouvernement se comporte conformément aux textes, l'opposition radicale n'est pas d'accord. Cela dénote d'un masochisme difficile à expliquer.
Voila comment nous faisons la politique chez nous. Voila pourquoi la peur reste un argument fallacieux pour expliquer l'inaction ou l'immobilisme.
Le régime actuel est ouvert, servi par d'excellent stratèges politiques certes, soutenu par 40ans de mobilisation paysanne, et des ressources financières importantes, mais ce régime joue le jeu de la démocratie. Celui qui gagne le coeur des togolais peut le battre, sur son propre terrain. Aucun des partis encore en lice n'est pas encore en mesure de le faire. Certes, les législatives de 2007 ont montré que son audience n'était pas nationale, mais les statèges savaient que le découpage électoral leur était avantageux. Pour 2010, ils ont commencé à besogner, et les autres sont encore aux dénonciations du CPDC et d'interdiction de marches.
La peur n'est que dans notre esprit pleutre et indolent.

Publié dans Info togolaises

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