Jeudi 25 juin 2009

Acte I, scène 1

Un plateau de télévision éclairé à giorno. Le maître de la cité, étincelant, costume sombre, à fine rayures, veste ouverte, est assis à droite. Le héraut, la trentaine, costume clair, assis en bout de chaise pour mieux lire ses notes posées sur la table basse. En arrière plan, sur une tribune à trois rangées, une trentaine d’étudiants. Faces concentrées et pénétrées.

 

Le héraut : Monsieur le Maitre de la cité, nous apprenons à la lecture du communiqué ayant sanctionné le conseil de ministres de samedi …que vous avez proposé la réduction des taxes de 15 à 30% sur les véhicules importés d’occasion, que doit comprendre le peuple togolais.


Le maître de la cité : (petit geste pour ajuster le nœud de la cravate) : Vous savez, il y quelques années, le dédouanement des véhicules d’occasion était entièrement confiée à la direction des douanes, dont un bureau, le Bureau d’évaluation des Véhicules d’occasions, évaluait le prix des véhicule en fonction de divers paramètres que je ne développerai pas ici. Mais à la pratique, nous avons constaté des dysfonctionnements qui rendaient cette structure inopérante. Le plus important était lié à la valeur attribuée à ces véhicules. Cette opération était effectuée de façon purement aléatoire, si je ne disais arbitraire même si elle était supposée s’appuyer sur des systèmes tels que l’Argus français. Il s’est ainsi trouvé des véhicules achetés à des dizaines de millions de francs, mais qui sur place étaient évalué à moins d’un millions de francs, et d’autres engins, achetés à peu de frais sur les marchés internationaux, se sont retrouvés lourdement évalués parfois pour des raisons sortant du cadre professionnelle. Donc vous comprenez bien que nous l’Etat togolais, c’était une double perte : perte de ressources financière du fait de l’indélicatesse de certains agents, et surtout injustice sociale, monsieur le héraut, injustice sociale. Pour permettre au gouvernement de mieux maîtriser l’évaluation des véhicules d’occasion, avec en ligne de mire, une augmentation substantielle des recettes de l’état, et un rétablissement de la justice sociale dans ce secteur, nous avons donc permis à une société spécialisée dans ce domaine, la COTEC, de diriger ces opérations.


Le héraut : Vous envisagez réduire les taxes, la mission du COTEC est-elle un échec??


Le maitre de la cité : Non, pas un échec. Il est encore trop tôt de parler d’échec, mais je pense que l’esprit et la lettre de cette mission ne concordent pas encore parfaitement. Nous visions une augmentation des recettes de l’Etat, et nous y sommes arrivés. Nous visions un rétablissement d’une justice sociale, et dans une certaine mesure, nous y sommes arrivés puis que tous les citoyens passent par l’évaluation de la COTEC, mais d’autres problèmes se sont déclarés dans la phase d’exécution, et c’est ces insuffisances que nous pallions en préconisant une réduction des taxes.


Le héraut : Il y a une grosse grogne sociale, avec la désaffection du port par plus de 51% des opérateurs.


Le maitre de la cité : Etant chef de l’Etat, mon rôle est d’être à l’écoute de mes administrés. Il y a eu plusieurs mouvements de contestation, et la presse, dont je salue le travail d’investigation sur ce plateau, nous a donné certains éclairages qui nous ont servi dans l’appréhension globale du problème. Monsieur le héraut, que les opérateurs étrangers quittent notre pays n’est pas un grave problème en soi, la politique n’est pas une affaire de zygomatiques, mais comme vous le savez, je me suis engagé dans une ambitieuse politique de réduction du chômage, et il ressort hélas que l’exercice du COTEC à ce jour a malheureusement faire perdre leur emploi à un certain nombre de Togolais. La revue à la baisse des taux devrait permettre de relancer les activités dans le secteur.


Le héraut : Vous parlez de taux, quels sont les taux qui vont être baissés, et de combien ?


Le maître de la Cité : A ce jour, les taux de douane qui sont appliqués sur les véhicules d’occasion sont de 53, 43 et 33% respectivement pour les véhicules de tourisme, les transports en commun et les tracteurs. Nous sommes encore en discussion avec les partenaires sociaux sur le sujet, et ensemble, nous  trouverons un compromis sur les taux. Les réductions sur les trois catégories de véhicules oscilleront entre 15 et 30%.


Le héraut : Merci monsieur le maître de la cité de nous avoir donné cet éclairage sur la question, nous allons demander aux jeunes que nous avons invité à cette émission s’ils ont des questions. (se retournant vers la tribune) une question à monsieur le maître de la cité ?

(Un étudiant se lève, et se présente)


L’étudiant : Monsieur le maitre de la cité, nous sommes encore jeunes et nous n’avons pas encore de voiture, mais il n’empêche que nous en rêvons. Ma question est celle-ci. Le COTEC fait une évaluation basée uniquement sur le numéro du châssis, qui lui permet de déterminer la date de mise en circulation d’un véhicule, sans tenir compte ni du kilométrage, ni de son état général, alors que ce sont là les différents paramètres qui sont pris en compte dans l’achat d’un véhicule d’occasion. Est-ce que dans la nouvelle formule que vous nous promettez, ces différents paramètres vont êtres pris en compte ?


Le maitre de la cité : Mais dites donc, pour quelqu’un qui n’a pas de voiture, vous me paraissez, jeune homme, fort bien renseigné sur le fonctionnement du COTEC. (Rires dans la salle)


L’étudiant : Je fais du job au port pour payer mes études, monsieur le maître de la cité.


Le maître de la cité : Bien, je n’aime pas faire des promesses en l’air, donc je ne vais pas vous dire si demain, tous les critères d’évaluation du COTEC vont voler en éclat. Comme vous le savez, nous sommes dans une phase d’essai du système, en ce moment, nous sommes en train de lui apporter les premières corrections, d’autres viendront, certainement.


Le héraut : Pourra-t-on envisager un jour la rupture du contrat avec le COTEC ?


Le maitre de cité : Oui, pourquoi pas? Si le peuple togolais n’y trouve aucun bénéfice, nous résilierons le contrat.


Le héraut : Monsieur le maître de cité, je vous remercie.


Le maître de cité se lève, salue le héraut, et se dirige vers le jeunes.  Générique.

 

J’ai imaginé cette scène à la lecture de cet extrait du communiqué du conseil des ministres.

Drôle de pays que le notre.  Ainsi donc, le travail des journalistes d’investigation, les manifestations des transitaires et des opérateurs économiques, la réduction effective des immatriculations au service routier, et la défection des importateurs de véhicules d’occasion, tout ça, c’est de l’intoxication et de la manipulation. Cependant, le PR, sans aucun fondement, aurait décidé unilatéralement la baisse des taxes. Si on voulait donner de notre exécutif un visage arbitraire, on ne pouvait pas mieux faire.

Bref, l’homme à blâmer, c’est le responsable communication de la Présidence. Qu’on aime ou déteste notre présidence n’est pas un problème, mais la voir flamboyante, étincelante, en symbiose avec les média et avec le peuple, voila de quoi réveiller des torpeurs et relancer le pays. Obama a au minimum quatre interventions télévisées par semaines aux USA (interview+discours), à  l’équivalent de Sarkozy, de Gbagbo et de Boni. C’est la mode, de nos jours. Et la mise en scène y joue un rôle déterminant. Les poses, les intonations, les postures, les plans de camera, tout y est orchestré, calculé, éprouvé.  Notre Président, et je sais de quoi je parle, est l’un des plus éloquents des dirigeants  de la sous-région. Pourquoi diable ne met-il pas sa faconde au service de sa politique ?  Et que branle les bureaux communication et performance ?

Par Gerry - Publié dans : Info togolaises
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