COTEC TOGO, une occasion ratée pour se grandir

Publié le par Gerry

Acte I, scène 1

Un plateau de télévision éclairé à giorno. Le maître de la cité, étincelant, costume sombre, à fine rayures, veste ouverte, est assis à droite. Le héraut, la trentaine, costume clair, assis en bout de chaise pour mieux lire ses notes posées sur la table basse. En arrière plan, sur une tribune à trois rangées, une trentaine d’étudiants. Faces concentrées et pénétrées.

 

Le héraut : Monsieur le Maitre de la cité, nous apprenons à la lecture du communiqué ayant sanctionné le conseil de ministres de samedi …que vous avez proposé la réduction des taxes de 15 à 30% sur les véhicules importés d’occasion, que doit comprendre le peuple togolais.


Le maître de la cité : (petit geste pour ajuster le nœud de la cravate) : Vous savez, il y quelques années, le dédouanement des véhicules d’occasion était entièrement confiée à la direction des douanes, dont un bureau, le Bureau d’évaluation des Véhicules d’occasions, évaluait le prix des véhicule en fonction de divers paramètres que je ne développerai pas ici. Mais à la pratique, nous avons constaté des dysfonctionnements qui rendaient cette structure inopérante. Le plus important était lié à la valeur attribuée à ces véhicules. Cette opération était effectuée de façon purement aléatoire, si je ne disais arbitraire même si elle était supposée s’appuyer sur des systèmes tels que l’Argus français. Il s’est ainsi trouvé des véhicules achetés à des dizaines de millions de francs, mais qui sur place étaient évalué à moins d’un millions de francs, et d’autres engins, achetés à peu de frais sur les marchés internationaux, se sont retrouvés lourdement évalués parfois pour des raisons sortant du cadre professionnelle. Donc vous comprenez bien que nous l’Etat togolais, c’était une double perte : perte de ressources financière du fait de l’indélicatesse de certains agents, et surtout injustice sociale, monsieur le héraut, injustice sociale. Pour permettre au gouvernement de mieux maîtriser l’évaluation des véhicules d’occasion, avec en ligne de mire, une augmentation substantielle des recettes de l’état, et un rétablissement de la justice sociale dans ce secteur, nous avons donc permis à une société spécialisée dans ce domaine, la COTEC, de diriger ces opérations.


Le héraut : Vous envisagez réduire les taxes, la mission du COTEC est-elle un échec??


Le maitre de la cité : Non, pas un échec. Il est encore trop tôt de parler d’échec, mais je pense que l’esprit et la lettre de cette mission ne concordent pas encore parfaitement. Nous visions une augmentation des recettes de l’Etat, et nous y sommes arrivés. Nous visions un rétablissement d’une justice sociale, et dans une certaine mesure, nous y sommes arrivés puis que tous les citoyens passent par l’évaluation de la COTEC, mais d’autres problèmes se sont déclarés dans la phase d’exécution, et c’est ces insuffisances que nous pallions en préconisant une réduction des taxes.


Le héraut : Il y a une grosse grogne sociale, avec la désaffection du port par plus de 51% des opérateurs.


Le maitre de la cité : Etant chef de l’Etat, mon rôle est d’être à l’écoute de mes administrés. Il y a eu plusieurs mouvements de contestation, et la presse, dont je salue le travail d’investigation sur ce plateau, nous a donné certains éclairages qui nous ont servi dans l’appréhension globale du problème. Monsieur le héraut, que les opérateurs étrangers quittent notre pays n’est pas un grave problème en soi, la politique n’est pas une affaire de zygomatiques, mais comme vous le savez, je me suis engagé dans une ambitieuse politique de réduction du chômage, et il ressort hélas que l’exercice du COTEC à ce jour a malheureusement faire perdre leur emploi à un certain nombre de Togolais. La revue à la baisse des taux devrait permettre de relancer les activités dans le secteur.


Le héraut : Vous parlez de taux, quels sont les taux qui vont être baissés, et de combien ?


Le maître de la Cité : A ce jour, les taux de douane qui sont appliqués sur les véhicules d’occasion sont de 53, 43 et 33% respectivement pour les véhicules de tourisme, les transports en commun et les tracteurs. Nous sommes encore en discussion avec les partenaires sociaux sur le sujet, et ensemble, nous  trouverons un compromis sur les taux. Les réductions sur les trois catégories de véhicules oscilleront entre 15 et 30%.


Le héraut : Merci monsieur le maître de la cité de nous avoir donné cet éclairage sur la question, nous allons demander aux jeunes que nous avons invité à cette émission s’ils ont des questions. (se retournant vers la tribune) une question à monsieur le maître de la cité ?

(Un étudiant se lève, et se présente)


L’étudiant : Monsieur le maitre de la cité, nous sommes encore jeunes et nous n’avons pas encore de voiture, mais il n’empêche que nous en rêvons. Ma question est celle-ci. Le COTEC fait une évaluation basée uniquement sur le numéro du châssis, qui lui permet de déterminer la date de mise en circulation d’un véhicule, sans tenir compte ni du kilométrage, ni de son état général, alors que ce sont là les différents paramètres qui sont pris en compte dans l’achat d’un véhicule d’occasion. Est-ce que dans la nouvelle formule que vous nous promettez, ces différents paramètres vont êtres pris en compte ?


Le maitre de la cité : Mais dites donc, pour quelqu’un qui n’a pas de voiture, vous me paraissez, jeune homme, fort bien renseigné sur le fonctionnement du COTEC. (Rires dans la salle)


L’étudiant : Je fais du job au port pour payer mes études, monsieur le maître de la cité.


Le maître de la cité : Bien, je n’aime pas faire des promesses en l’air, donc je ne vais pas vous dire si demain, tous les critères d’évaluation du COTEC vont voler en éclat. Comme vous le savez, nous sommes dans une phase d’essai du système, en ce moment, nous sommes en train de lui apporter les premières corrections, d’autres viendront, certainement.


Le héraut : Pourra-t-on envisager un jour la rupture du contrat avec le COTEC ?


Le maitre de cité : Oui, pourquoi pas? Si le peuple togolais n’y trouve aucun bénéfice, nous résilierons le contrat.


Le héraut : Monsieur le maître de cité, je vous remercie.


Le maître de cité se lève, salue le héraut, et se dirige vers le jeunes.  Générique.

 

J’ai imaginé cette scène à la lecture de cet extrait du communiqué du conseil des ministres.

Drôle de pays que le notre.  Ainsi donc, le travail des journalistes d’investigation, les manifestations des transitaires et des opérateurs économiques, la réduction effective des immatriculations au service routier, et la défection des importateurs de véhicules d’occasion, tout ça, c’est de l’intoxication et de la manipulation. Cependant, le PR, sans aucun fondement, aurait décidé unilatéralement la baisse des taxes. Si on voulait donner de notre exécutif un visage arbitraire, on ne pouvait pas mieux faire.

Bref, l’homme à blâmer, c’est le responsable communication de la Présidence. Qu’on aime ou déteste notre présidence n’est pas un problème, mais la voir flamboyante, étincelante, en symbiose avec les média et avec le peuple, voila de quoi réveiller des torpeurs et relancer le pays. Obama a au minimum quatre interventions télévisées par semaines aux USA (interview+discours), à  l’équivalent de Sarkozy, de Gbagbo et de Boni. C’est la mode, de nos jours. Et la mise en scène y joue un rôle déterminant. Les poses, les intonations, les postures, les plans de camera, tout y est orchestré, calculé, éprouvé.  Notre Président, et je sais de quoi je parle, est l’un des plus éloquents des dirigeants  de la sous-région. Pourquoi diable ne met-il pas sa faconde au service de sa politique ?  Et que branle les bureaux communication et performance ?

Publié dans Info togolaises

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ella 10/09/2011 19:50



cotec est un autre moyen mis à la disposition du canadien moins que rien planteur d'arbre dans son pays je sais de quoi je parle par nos dirigeants togolais ce moyennant leur chèque mensuel pour
déruire le pauvre togolais


jusqu-à quand est ce que le togolais va continuer par voir le blanc comme un demi dieu et voir pietiner ses frères et soeurs. qu'est ce que c'est cruel et faure dans tout ça ne dit rien


allez y voir comme ce monsieur fait chanter tout le monde et raconte que nos juges et avocats sont dans sespoches


allez y voir comme lui et sa femme embêtent le personnel y compris ceux de la maison, de la STCA, de la COTEC, de la STAC et d'UNIPARK


Ce consul honoraire du canada au TOGO qi n'est rien d'autre que ce canadien de mark antoine ne fait pas du bien au togolais



Achille Wasungu 03/07/2009 19:53

ENCORE UNE OCCASION RATEE POUR SE GRANDIRQuand j’ai commencé à lire ton article, je me demandais bien quel jour et sur quelle chaîne nationale ou internationale cet entretien a eu lieu. Il m’a fallu aller jusqu’au bout pour comprendre que mon ami Gerry possède un réel talent de metteur en scène et d’écrivain.  Bravo Gerry pour ton imagination et ta vision.
 
Mais enfin de compte, j’ai été déçu que cette histoire ne soit pas vraie. Déçu comme toi mon frère de voir à quel point le PR a encore raté une occasion pour se grandir. Oui ! C’est dommage comme le PR manque cruellement de communication. Le Président Faure ne communique pas du tout. Le pire dans tout ça c’est le constat suivant : quand vous n’utilisez pas la communication, d’autres l’utilisent et parfois contre vous. Lisez la presse privée du pays et vous vous rendrez facilement compte de ce que je dis. Tout et rien n’est dit. Le drame est que le peuple n’ayant aucure source sûre d’information, gobe tout ce qui est dit.
Et pourtant, comme tu le soulignes bien Gerry, le Président Faure a de très bon atouts pour assurer sa communication : il est un gentleman, beau, très éloquent et surtout qui assure et rassure quand il s’adresse au peuple sans aucun papier. Moi non plus je ne le comprends pas. Pourquoi ne communique t-il pas ? De qui ou de quoi il a peur ? A-t-il peur de mal faire ? Tout le monde a peur au début de se tromper ou de mal faire. Mais on ne se trompe pas tout le temps ; on finit par apprendre et on devient bon. La communication est un art et une science. Rien ne s’improvise, tout se calcule pour un but bien donné.
Excellence Monsieur le Président, permettez-moi de vous dire que de ce côté vous n’assurez pas. Vous laissez les autres prendre le micro à votre place. Est-ce qu’il le font bien ? A vous d’en jugez. Le constat est que le peuple veut vous voir et ne vous voit pas, il veut vous entendre et c’est d’autres qu’il entend. Imaginez un peu sa frustration.  Mais voyez aussi son enchantement de vous voir à son contact. Vous avez pu vous en rendre compte quand vous avez fait le déplacement jusqu’au nord par la route et avec des arrêts pour écouter votre peuple. Qu’avez-vous ressentie ?
Le PR doit être en mesure d’expliquer au peuple ce qu’il pense faire à court, à moyen et à longs termes. C’est une erreur de penser qu’à travers les conseils des ministres, le peuple doit deviner ce que vous pensez. Seul vous-même pouvez dire exactement ce que vous pensez. Et les canaux de communication sont là pour cela. Je ne crois pas que le PR ait besoin d’une formation sur les techniques de communication et de conviction, il est déjà bon. Mais pourquoi il n’utilise pas cette faculté ?
Excellence Monsieur le Président, il ne suffit pas d’avoir un site Internet pour assurer votre communication. C’est un bon moyen, certes ; mais il ne saura remplacer le « face à face » : Vous devant votre peuple à travers les médias ou vous au contact du peuple. Mais je veux dire par là des scénarios bien orchestrés, bien planifiés avec un but bien précis. Comme le dis mon ami Gerry, « tout doit être calculé et éprouvé ».
Excellence Monsieur le Président vous devez vous entourer d’une équipe compétente et expérimentée pour assurer votre communication. Je vous en prie, imiter ne tue pas. Essayez de faire comme Barak Obama ou Sarkozy, ou encore Ggabgo, pour ne reprendre que ces exemples cités par mon ami Gerry. Vous devez avoir une équipe de veille informationnelle et une équipe opérationnelle en communication. Vous savez ce qu’il vous reste à faire ; il n’est jamais trop tard pour bien faire. Excellence pensez-y, mais réagissez avec diligence.
Pour finir, je remercie mon ami Gerry pour cet article très intéressant qui m’a permis de donner mon opinion sur la communication de notre Présidence.

Tété 29/06/2009 13:00

Très intéressant. J'y reviendra. là je dois courir vers l'ouest.

Noël 29/06/2009 12:40

J'ai toujours pensé, et j'en suis convaincu, que cette surtaxation des frais de dédouanement sont une arnaque, une escroquerie supplémentaire. C'est tout simplement aberrant que, ce que le gouvernement de Faure songe à faire depuis, c'est d'augmenter et d'augmenter encore les prix: le ciment, par exemple. Avec des justifications bidon. Un autre exemple: en 1998, lorsque les Eperviers allaient à Ouagadougou pour la CAN, on avait majoré le prix de la bière pour les supporter. Depuis ils n'en sont pas revenus. Puisqu'après la CAN, le prix de la bière a continué d'augmenter pour culminer aujourd'hui à plus de 600 francs, alors qu'il y a des salaires de 10 000 francs par mois. Arrêtons de nous moquer du peuple togolais.
J'aimerais savoir un truc:  entre temps les presses ont fait état d'une voiture que le président aurait achetée à plus d'un milliard de francs: combien lui a couté le dédouanement? Certainement ce n'est pas une voiture d'occasion, mais une voiture maison! Et ces sortes de voitures, n'ont pas besoin de dédouanement dans nos ports pour circuler librement sur nos rues défoncées.
J'aimerais aussi comprendre un truc: les 350 000 francs pour frais de fret, à quoi servent-ils si on sait que celui qui envoie une voiture paie déjà ces frais?

Passassim+ATADE+NANGUIT 29/06/2009 10:44

C'est bien vu Gerry; mais pourquoi veux-tu blamer quelqu'un ou une structure qui n'existe pas? A la Présidence du Togo, il ya un attaché de cabinet chargé de la presse. Il n' y a pas de service de communication...Affaire à suivre