Taulard comme tocard

Publié le par Taméra

48 heures. C'est si long ? Le temps s'est endormi.

Je sors de ma torpeur. Je regarde les murs. Je les compte. Ils sont quatre. Peints à la hâte d'un bleu qui aurait dû être ciel, mais qui dessine plutôt un décor montagnard. Quelqu'un a voulu donner un coup de neuf à la pièce, seulement il s'est retrouvé en manque de peinture, donc il a fait comme il a pu. Le mur contre lequel je suis couché a eu de la veine. Même si la peinture est bleuâtre à certains endroits, il en a eu pour son compte. Les autres, bah ! Le bleu leur arrive à hauteur du coup, puis elle lampe leur cuir chevelu, la naissance du menton. L'ouvrier n'a pas pu dépasser la hauteur des fenêtres. A grands coups de pinceaux, il a juste réussi à dessiner des sommets aplatis, comme ces formes de roches érodées qu'on retrouve parfois sur certaines cotes de la Bretagne.

Allongé sur le lit minuscule, je repousse sans cesse ce moment fatidique où je devrais bien reconnaître que je suis perclus. Je voulais dire reclus. Mais c'est faux. Je peux, si je le désire, mettre un terme au supplice, mais je ne le veux pas. Alors, je vais rester là, dans ce neuf mètres carrés, avec ce mur érodé, ces lézardes qui me narguent, et toute cette moiteur insipide. Et puis, perclus sonne plus juste. Ma liberté de mouvement est limitée. Comme un cul-de-jatte privé de soutien.

Je me rends seulement compte de l'existence du plafond. C'est drôle, je pensais que c'était la première chose qu'on observait, en état de confinement. C'est vrai qu'hier, j'ai passé toute la journée à dévorer un roman. Et ça m'a fait un tel bien. Cela faisait si loin que je n'avais plus lu avec autant de volupté. Du Harlan COBEN. Un thriller envoutant.

J'écoute du jazz. C'est reposant, le jazz. Une musique qui s'adresse à l'âme.

La pièce est dans un tel désordre. Mon compagnon de solitude essaye de mettre un peu d'ordre. Moi je m'en fou. Surtout ne pas considérer tout ceci comme normal.

Tiens, hier, je pensais à moi. Et je me comparais à ces animaux sauvages pris au colet, qui se débattait furieusement, puis, le souffle court, s'enroulait autour du piège pour dormir. Puis dès qu'ils récupéraient un peu de force, ils se remettaient à secouer furieusement la corde. Ces animaux là ne se laissent jamais prendre. C'est entre eux et la corde. Soit ils la cassent, ou elle finit par les étrangler. Mais le chasseur de fauve en a toujours pour une corde abimée.

Il faux que je dorme.

Merveilleux API.

Publié dans Délires

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